Le 11 janvier, l’Église fait mémoire de saint Paulin d’Aquilée (on trouve parfois aussi saint Hygin ce jour-là dans d’anciens calendriers, mais dans le calendrier romain actuel, c’est surtout Paulin qu’on retient).

Paulin d’Aquilée : un homme de paix dans un monde en crise
Paulin a vécu au VIIIᵉ siècle, dans un contexte très agité : invasions, conflits politiques, tensions entre peuples, débats théologiques compliqués. Rien à voir avec nous ? En fait… si.
Il était évêque d’Aquilée (au nord-est de l’Italie actuelle) et proche de Charlemagne. On pourrait imaginer un évêque bien installé, dans le confort du pouvoir. Mais ce qui ressort surtout de lui, c’est autre chose : un homme de dialogue, de réflexion, de paix.
Paulin était un théologien, un poète, un lettré. Il réfléchissait, il écrivait, il débattait. Il n’avait pas peur de se servir de son intelligence au service de la foi.
Pour aujourd’hui, ça dit quelque chose de simple :
croire, ce n’est pas éteindre son cerveau.
On peut être chrétien et aimer les livres, les questions, les nuances, les débats. On peut chercher à comprendre, creuser, approfondir, sans perdre la simplicité du cœur.
Dans un monde où tout est souvent réduit à des slogans, Paulin nous rappelle que la foi gagne à être pensée, travaillée, argumentée, mais toujours dans un esprit de service, pas de supériorité.
Paulin a participé à des conciles (réunions d’évêques) pour apaiser des conflits dans l’Église, éclaircir des malentendus, ramener l’unité. Il n’était pas là pour « gagner contre » des adversaires, mais pour chercher ensemble la vérité et la paix.
Aujourd’hui, on vit aussi dans un climat tendu :
– divisions dans la société,
– polarisations politiques,
– tensions dans l’Église,
– incompréhensions dans les familles.
On a besoin de « Paulin » : des gens capables d’écouter les deux côtés, de chercher une parole juste, de construire des ponts au lieu de creuser des fossés.
Être chrétien, à la manière de Paulin, ce n’est pas jeter de l’huile sur le feu, c’est accepter de faire un pas vers l’autre, de tenir ensemble vérité et charité.
On peut se demander :
- Dans mes conversations, est-ce que j’alimente les divisions, ou est-ce que j’essaie d’apaiser ?
- Est-ce que je sais reconnaître qu’un autre point de vue peut contenir une part de vérité, même s’il me dérange ?
Paulin était proche de Charlemagne, ce qui lui donnait influence et responsabilité. Mais la vraie question, c’est : qu’en faisait-il ? Il n’a pas cherché les honneurs ; il a mis sa proximité avec le pouvoir au service du bien commun, de la foi, de la paix.
Cela touche quelque chose de très actuel :
– Quand on a un peu de pouvoir (dans un groupe, un service, un poste, une famille), qu’en fait-on ?
– Est-ce qu’on s’en sert pour soi, pour dominer, ou pour servir ?
Paulin nous invite à vivre nos responsabilités comme des lieux de service, pas de prestige. À comprendre que le vrai « poids » chrétien dans le monde, ce n’est pas l’influence visible, mais la fidélité à l’Évangile dans la manière concrète de décider, d’agir, de gérer.
Le monde de Paulin était instable, changeant. Il a connu des guerres, des déplacements de populations, des crises politiques. Pourtant, au milieu de tout ça, il a essayé de rester enraciné : dans la prière, dans l’étude, dans son service d’évêque.
Nous aussi, on est ballotés par beaucoup de choses :
– infos en continu,
– crises successives (sanitaire, économique, climatique…),
– incertitudes sur l’avenir.
Le témoignage de Paulin peut se résumer ainsi :
garder un centre solide pour ne pas être emporté par tout ce qui passe.
Pour un chrétien, ce centre, c’est le Christ, l’Évangile, la prière.
Concrètement, cela peut vouloir dire :
- Se donner chaque jour un petit temps silencieux, même court, pour se recentrer.
- Relire des paroles de l’Évangile pour y trouver un cap.
- Ne pas laisser les peurs dicter toutes nos décisions.
Paulin n’est pas une « grande star » comme François d’Assise ou Thérèse de Lisieux. Peu de gens connaissent son nom. Et pourtant, son influence a été réelle dans son époque.
C’est encourageant :
la sainteté, ce n’est pas être célèbre.
C’est être fidèle, là où on est, dans le rôle qu’on a reçu, même si peu de gens le voient.
On peut prier avec lui en se disant :
- Seigneur, apprends-moi à être artisan de paix, de dialogue.
- Donne-moi le courage d’utiliser mon intelligence au service du bien et de la vérité.
- Aide-moi à ne pas céder au découragement devant les crises, mais à tenir bon, humblement, à ma place.
En ce 11 janvier, saint Paulin d’Aquilée nous propose, en silence, une sorte de ligne de vie :
- penser sans arrogance,
- servir sans chercher les honneurs,
- apaiser sans fuir les conflits,
- tenir bon sans s’aigrir.
Une sainteté sobre, lucide, profondément actuelle.

Laisser un commentaire