L’Evangile

« Dès que Jésus fut baptisé, il vit l’Esprit de Dieu venir sur lui » (Mt 3, 13-17)

Alléluia. Alléluia.
Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert,
l’Esprit descend sur Jésus,
et la voix du Père domine les eaux :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ! »
Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

    Alors paraît Jésus.
Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain
auprès de Jean,
pour être baptisé par lui.
    Jean voulait l’en empêcher et disait :
« C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi,
et c’est toi qui viens à moi ! »
    Mais Jésus lui répondit :
« Laisse faire pour le moment,
car il convient
que nous accomplissions ainsi toute justice. »
Alors Jean le laisse faire.

    Dès que Jésus fut baptisé,
il remonta de l’eau,
et voici que les cieux s’ouvrirent :
il vit l’Esprit de Dieu
descendre comme une colombe et venir sur lui.
    Et des cieux, une voix disait :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé
en qui je trouve ma joie. »

Sa réflexion

Au dernier jour du temps de Noël, nous quittons la crèche pour rejoindre les rives du Jourdain. L’Enfant de Bethléem est devenu un homme, silencieux pendant des années, et le voici qui se tient dans la foule des pécheurs venus se faire baptiser par Jean. C’est déjà un choc : Jésus, le Saint de Dieu, se mélange à ceux qui demandent pardon. Il ne reste pas à distance, il ne se fait pas reconnaître, il descend dans l’eau comme eux.

Jean est déconcerté : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ? » C’est exactement la réaction que nous aurions : si Dieu vient, il devrait venir en haut, en majesté, pas en bas, au milieu de nos contradictions. Mais Jésus répond : « Laisse faire maintenant : c’est de cette façon que nous devons accomplir toute justice. »

La « justice » de Dieu, ici, ce n’est pas d’abord la punition du mal, mais l’accomplissement de son dessein d’amour : être avec nous jusque dans ce qui nous abîme, jusque dans les eaux troubles où nous peinons à garder la tête hors de l’eau. Jésus se fait solidaire ; il prend place au rang des pécheurs pour inaugurer un chemin nouveau. Il ne vient pas abolir notre condition humaine mais l’habiter de l’intérieur.

Au moment où Jésus remonte de l’eau, les cieux s’ouvrent, l’Esprit descend, et la voix du Père se fait entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » L’évangile nous donne ainsi comme une « carte d’identité » de Jésus : Fils, Bien-aimé, en qui le Père se complaît. Toute sa mission partira de là. Avant toute parole, avant tout miracle, avant toute réussite visible, Jésus reçoit cette parole fondamentale : tu es mon Fils bien-aimé.

Ce qui est bouleversant, c’est que par notre propre baptême, cette parole nous est désormais adressée aussi. En Jésus, nous avons été plongés dans cette relation du Fils avec le Père, et l’Esprit repose sur nous. La foi n’est pas d’abord un ensemble de choses à faire, mais une identité à accueillir : en Christ, nous sommes fils et filles bien-aimés. Notre dignité profonde ne dépend pas de nos performances, de notre passé, ni du regard des autres, mais du regard de Dieu.

Dans un monde où il faut constamment prouver sa valeur, se vendre, se justifier, le Baptême du Seigneur nous rappelle une autre logique : on ne conquiert pas sa place devant Dieu, on la reçoit. Le chrétien n’est pas quelqu’un qui ne tombe jamais, mais quelqu’un qui sait vers qui revenir, quelqu’un qui se laisse relever par la voix qui lui redit sans cesse : « Tu es mon enfant bien-aimé, je mets en toi ma joie. »

En même temps, ce récit ouvre un passage : de Noël à la vie publique de Jésus. Entrer dans les eaux du Jourdain, c’est pour lui entrer dans sa mission. Notre baptême aussi n’est pas seulement un rite passé : c’est un envoi. Être baptisé, ce n’est pas simplement « appartenir à l’Église », c’est devenir, là où nous sommes, signe discret mais réel de la présence du Christ : par la manière de parler, d’écouter, de pardonner, de nous engager pour la justice, de prendre au sérieux les plus fragiles.

Aujourd’hui, en relisant ce passage, on peut se poser simplement trois questions :

  • Où est-ce que le Christ choisit de me rejoindre « dans l’eau », dans ce qui est fragile, compliqué ou obscur de ma vie ?
  • Est-ce que je laisse résonner en moi cette parole : « Tu es mon/ma bien-aimé(e) » ? Ou bien est-ce que je continue à me définir seulement par mes réussites, mes échecs, ou le regard des autres ?
  • En quoi mon baptême peut-il devenir plus concret, plus visible, dans ma manière de vivre ce début d’année ?

Terminer le temps de Noël avec le Baptême du Seigneur, c’est passer de la contemplation de la crèche à l’accueil d’un appel : celui de suivre Jésus, Fils bien-aimé, et de laisser l’Esprit faire de notre vie, malgré ses limites, un lieu où le Père trouve sa joie.

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