L’Evangile
« À l’instant même, la lèpre le quitta » (Lc 5, 12-16)

Alléluia, Alléluia.
Jésus proclamait l’Évangile du Royaume,
et guérissait toute maladie dans le peuple.
Alléluia. (cf. Mt 4, 23)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
Jésus était dans une ville
quand survint un homme couvert de lèpre ;
voyant Jésus, il tomba face contre terre
et le supplia :
« Seigneur, si tu le veux,
tu peux me purifier. »
Jésus étendit la main et le toucha en disant :
« Je le veux, sois purifié. »
À l’instant même, la lèpre le quitta.
Alors Jésus lui ordonna de ne le dire à personne :
« Va plutôt te montrer au prêtre
et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit ;
ce sera pour tous un témoignage. »
De plus en plus, on parlait de Jésus.
De grandes foules accouraient pour l’entendre
et se faire guérir de leurs maladies.
Mais lui se retirait dans les endroits déserts,
et il priait.
Sa réflexion
On est dans ce passage de l’évangile où un lépreux vient voir Jésus (Lc 5, 12-16).
À l’époque, la lèpre, ce n’est pas juste une maladie de peau : c’est l’exclusion totale. Tu es impur, tu n’as plus le droit de toucher les autres, d’entrer au temple, tu dois vivre à l’écart. En gros : coupé de tout, comme si ta vie était finie.
Le lépreux s’approche de Jésus, se jette à ses pieds et lui dit :
« Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier. »
Et Jésus répond par un geste qu’on ne voit pas assez : il le touche. Puis il dit :
« Je le veux, sois purifié. »
Aujourd’hui, on n’a plus la lèpre comme à l’époque, mais on a d’autres formes de « lèpre » :
- ce qui nous fait honte : un échec, une dépendance, une blessure, un péché qu’on n’ose pas avouer
- ce qui nous isole : dépression, burn-out, addiction, conflits de famille, solitude
- l’étiquette qu’on se prend dans la figure : « divorcé », « au chômage », « pas croyant comme il faut », « trop ceci, pas assez cela »
Et souvent, on fait comme les lépreux : on se met à distance. On se dit :
« Je ne suis pas digne », « Dieu doit être déçu », « je dérange ».
On se planque, on se cache derrière un masque de « tout va bien ».
Le lépreux, lui, fait l’inverse : il ose s’approcher tel qu’il est, avec sa misère visible. Il ne discute pas, il ne se justifie pas, il ne s’humilie pas non plus :
« Si tu le veux, tu peux… »
C’est humble, mais c’est aussi plein de confiance.
On pourrait traduire aujourd’hui :
« Seigneur, j’en peux plus, mais je sais que toi, tu peux quelque chose dans ce chaos. »
Ce qui est fort, c’est le geste de Jésus : il touche le lépreux.
Normalement, toucher un lépreux rend impur.
Jésus, lui, ne se protège pas. Il ne dit pas « reste à distance », il ne se contente pas de parler de loin, il pose la main.
C’est l’image de ce que fait Dieu avec nous :
il ne reste pas sur un nuage à commenter notre vie, il vient au contact de ce qui nous fait honte, de ce qui nous répugne même en nous.
Aujourd’hui, ça veut dire quoi ?
- Jésus ne fuit pas ta fatigue, ton péché, tes addictions, ta sexualité compliquée, ta colère, ton passé.
- Il ne dit pas : « Reviens quand tu seras propre. »
- Il vient au cœur de ce bazar, là, maintenant, si tu le laisses approcher.
La vraie question, ce n’est pas : « Est-ce que Dieu veut bien de moi ? »
La vraie question, c’est : « Est-ce que moi, j’ose me présenter devant lui comme je suis ? »
Le lépreux ne dit pas : « Fais exactement ce que je te demande ».
Il dit : « Si tu le veux, tu peux… »
C’est une prière simple, mais énorme :
- il reconnaît la puissance de Jésus : « tu peux »
- il respecte sa liberté : « si tu le veux »
- il lui laisse l’initiative : ce sera à ta manière, à ton rythme.
Dans notre vie, souvent, on dit plutôt :
« Seigneur, fais que ça arrive, comme ça, et tout de suite. »
Et quand ça ne marche pas comme on veut, on se dit que Dieu ne répond pas.
Parfois, Dieu guérit, change une situation, retourne un cœur.
Parfois, il ne supprime pas le problème, mais il vient au-dedans : il donne une force, une paix, une lumière pour traverser.
Prier ce passage, ce serait dire par exemple :
« Seigneur, tu vois ma ‘lèpre’ : ma blessure, ma peur, mon péché, ma solitude…
Si tu le veux, tu peux changer quelque chose là-dedans.
Je te laisse faire à ta manière. Mais ne me laisse pas seul. »
Jésus guérit le lépreux, puis il lui dit d’aller se montrer au prêtre.
Pourquoi ? Pour être réintégré dans la communauté.
La guérison, ce n’est pas juste : « je me sens mieux », c’est : « je peux revivre avec les autres ».
Quand Dieu vient toucher une zone cassée de notre vie :
- il ne le fait pas pour qu’on soit des « super cathos » blindés spirituellement
- il le fait pour qu’on redevienne capables d’aimer, d’entrer en relation, de servir, de nous ouvrir.
On le voit dans le texte : la nouvelle se répand, les foules accourent.
Dès que la miséricorde agit, ça déborde, ça attire.
Peut-être que ton histoire, tes blessures, ta guérison intérieure, deviendront un jour une aide pour d’autres.
Ce qui t’a isolé peut devenir ce qui te rend plus humain, plus proche des gens qui souffrent.
À la fin du passage, il est dit que Jésus se retirait souvent dans des endroits déserts pour prier.
Même lui, au milieu des foules, des demandes, du bruit, il s’écartait pour rester relié au Père.
On se reconnaît dans cette foule qui demande des miracles : on court partout, on veut des réponses, des solutions.
Mais Jésus, lui, ne se laisse pas happer. Il garde ce temps de solitude avec Dieu.
Ça nous rappelle un truc très simple :
- on a besoin, nous aussi, de ces « déserts » dans nos journées :
5–10 minutes de silence, une parole d’évangile, un temps à l’église, une marche seule, sans téléphone, en parlant à Dieu comme à quelqu’un de réel. - ce n’est pas du luxe spirituel, c’est vital pour ne pas se perdre dans le flot.
Tu pourrais, aujourd’hui ou cette semaine :
- Relire ce passage (Lc 5, 12-16) tranquillement.
- Nommer devant Dieu ta « lèpre » actuelle : une peur, une habitude, une blessure, un péché.
- Dire simplement :
« Seigneur, si tu le veux, tu peux me purifier ici.
Viens toucher ce point précis de ma vie.
Je te laisse faire, mais je t’ouvre la porte. »
Et puis, accepter qu’il te réapprenne, petit à petit, à te laisser approcher des autres, à reprendre ta place, comme ce lépreux qui retrouve sa vie au milieu du peuple.
Dans ce court évangile, il y a presque tout :
un homme cassé, un Dieu qui ose toucher, une vie qui repart, une prière simple, et ce besoin de se retirer pour garder le lien avec le Père.
C’est exactement ce dont on a besoin aujourd’hui.

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