(dernier jour du temps de Noël)
Frères et sœurs,

L’évangile de ce dimanche, le Baptême de Jésus (Mt 3,13-17), on le connaît bien… et en même temps, si on y regarde de près, il est vraiment déroutant.
Jésus arrive au bord du Jourdain. Il y a Jean-Baptiste qui baptise les foules, qui appelle à la conversion. Et là, Jésus se met dans la file. Comme tout le monde.
Jean est choqué :
« C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Et Jésus lui répond :
« Laisse faire pour le moment : c’est ainsi qu’il nous convient d’accomplir toute justice. »
Puis Jésus est plongé dans l’eau, il remonte, le ciel s’ouvre, l’Esprit descend comme une colombe et une voix se fait entendre :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »
On pourrait dire : très beau, très pieux, mais… et moi, en 2026, avec mon boulot, mes galères, ma fatigue, ça change quoi ?
Je vous propose trois petits points, très concrets.
La première chose qui frappe, c’est que Jésus se met dans la queue avec les pécheurs.
Il ne reste pas sur la berge, en surplomb, en mode :
« Bon, vous, vous avez besoin de purification, moi pas. »
Non, il descend dans la même eau.
Aujourd’hui, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que Dieu ne regarde pas notre humanité de loin.
Il ne commente pas notre monde en spectateur.
Il se met dedans :
- dans nos familles compliquées
- dans nos burn-out, nos peurs de l’avenir
- dans nos incohérences, nos péchés aussi
- dans nos histoires cabossées
Beaucoup de gens se disent :
« Dieu, c’est pour ceux qui sont propres, pieux, bien rangés. »
L’évangile de ce jour répond : non.
Dieu commence par se tenir là où c’est mélangé, fragile, pas clair.
Peut-être que ce matin, tu te dis :
« Je ne suis pas à la hauteur, j’ai trop raté, je ne suis pas un “bon chrétien”. »
Le Baptême de Jésus, c’est Dieu qui te dit :
« Justement, c’est là que je viens. Je me mets dans ta file, dans ton quotidien. Je ne te regarde pas de loin. »
Au moment où Jésus sort de l’eau, on entend cette parole du Père :
« Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »
Cette phrase, ce n’est pas juste un beau moment pour Jésus.
C’est le cœur de notre foi :
en Jésus, nous aussi, nous sommes fils et filles bien-aimés du Père.
Le jour de notre baptême – même si on ne s’en souvient pas – Dieu a prononcé sur chacun de nous, silencieusement mais réellement :
« Tu es mon fils, tu es ma fille bien-aimée.
Je t’aime, pas parce que tu réussis, pas parce que tu es parfait,
mais parce que tu es à moi. »
Le problème, c’est qu’on oublie cette phrase.
On laisse d’autres voix prendre la place :
- la voix de la performance : « Tu vaux quelque chose si tu réussis »
- la voix du regard des autres : « Tu existes si on t’apprécie, si tu plais »
- la voix de la culpabilité : « Avec ce que tu as fait, comment Dieu pourrait encore t’aimer ? »
On finit par vivre comme des orphelins spirituels :
toujours en train de prouver, d’avoir peur, de se comparer.
Le Baptême du Seigneur vient nous rappeler une chose simple mais révolutionnaire :
Avant même que tu fasses quoi que ce soit de bien,
tu es aimé.
Avant tes efforts, avant tes progrès, avant tes prières même,
Dieu a posé son amour sur toi.
La vraie conversion, ce n’est pas d’abord : « Je vais faire plus ».
C’est : « Je vais enfin croire que je suis aimé. »
Et laisser cette parole de Dieu redescendre dans ma vie :
« Tu es mon fils, ma fille bien-aimée. »
Le baptême, ce n’est pas une petite douche symbolique.
C’est un passage :
- on est plongé : ça symbolise la mort à l’ancien, au péché, à ce qui nous enferme
- on en ressort : ça symbolise une vie nouvelle, sous la conduite de l’Esprit
Pour Jésus, c’est le début de sa mission :
après le Baptême, il part au désert, puis il annonce la Bonne Nouvelle.
Et nous ? Notre baptême, ce n’est pas un vieux souvenir rangé dans l’album de famille.
C’est une grâce vivante, pour aujourd’hui.
Concrètement, ça pourrait vouloir dire :
- Descendre dans l’eau, c’est accepter de regarder en face ce qui ne va pas : mes blessures, mes péchés, mes dépendances, mes peurs. Arrêter de faire semblant.
- Remonter avec Jésus, c’est croire qu’avec lui, rien n’est définitivement fichu : une relation peut être guérie, une habitude mauvaise peut être travaillée, un cœur peut changer.
Chacun de nous pourrait se demander aujourd’hui :
Dans quel domaine de ma vie
Jésus me demande-t-il de « descendre dans l’eau » avec lui,
pour me laisser purifier, relever, recréer ?
Peut-être :
- une rancune que je traîne depuis des années
- une manière de parler des autres, de critiquer sans cesse
- une fatigue intérieure que je n’ose pas nommer
- une double vie entre ce que je montre et ce que je vis réellement
Le Baptême du Seigneur, ce n’est pas un petit événement liturgique de fin de temps de Noël.
C’est une invitation très actuelle :
arrête de rester sur la berge à regarder.
Entre dans l’eau avec Jésus.
Laisse-toi toucher, transformer.
On vit dans un monde qui nous tire dans tous les sens :
consommation, écrans, vitesse, individualisme, relativisme…
Ce n’est pas forcément « mauvais » partout, mais ça nous disperse.
Notre baptême, c’est comme une ancre.
Être baptisé, ça veut dire :
- Je ne m’appartiens plus seulement à moi-même : j’appartiens au Christ.
- Mon identité profonde, ce n’est pas mon métier, mon statut, mes échecs : c’est « enfant de Dieu ».
- Je ne suis jamais seul : l’Esprit Saint repose sur moi, comme sur Jésus.
Ce dimanche, en regardant Jésus dans l’eau du Jourdain, on peut entendre trois invitations :
- Laisse Jésus te rejoindre là où tu es vraiment, dans ta vraie vie, pas dans une version idéale de toi-même.
- Laisse la parole du Père te rejoindre :
« Tu es mon fils, ma fille bien-aimée. »
Même si tu as du mal à y croire, répète-la, laisse-la descendre. - Ose un pas de plus dans cette vie nouvelle reçue au baptême :
un pardon à donner, une prière reprise, une cohérence à retrouver, un choix plus évangélique.

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