Vivre de l’essentiel dans un monde dispersé

Saint Laurent Justinien n’a rien du héros spectaculaire. Pas de grandes visions, pas d’exploits chevaleresques, pas de miracles tape‑à‑l’œil. Sa sainteté s’est jouée dans quelque chose de plus discret, mais de très actuel : le choix de l’essentiel dans un monde déjà agité, riche, dispersé.

Né dans une famille noble de Venise au XIVᵉ siècle, il avait devant lui une carrière brillante, du confort, de l’influence. Pourtant, il a senti assez tôt que cette vie-là, si pleine en apparence, risquait de le laisser intérieurement vide. Il choisit donc une voie plus pauvre, plus simple : la vie religieuse, puis le service de l’Église, jusqu’à devenir évêque, puis premier patriarche de Venise.

Ce qui frappe chez lui, c’est qu’il n’a pas opposé la vie spirituelle et la vie active.
Il n’a pas fui le monde : il a accepté des responsabilités lourdes, dans une ville complexe, traversée par les enjeux politiques, économiques, sociaux de son temps. Mais il a essayé de les vivre à partir d’un centre intérieur solide.

On pourrait dire que Laurent Justinien a posé cette question, qui reste brûlante aujourd’hui :

Comment rester fidèle à ce qui compte vraiment,
quand tout autour nous tire vers la dispersion, la performance, les apparences ?

Son secret n’était pas une méthode de productivité ni un plan de carrière, mais une conviction :

  • une vie réussie n’est pas une vie remplie de choses,
  • mais une vie unifiée par un amour fidèle : de Dieu, des personnes confiées à sa responsabilité, des plus pauvres, de sa mission.

Il invitait à la simplicité du cœur. Non pas à une vie simpliste, mais à une vie désencombrée : moins d’orgueil, moins de recherche de soi, moins de bruit intérieur, pour faire place à une présence plus profonde, plus vraie.

Si on essaie de transposer aujourd’hui, sa mémoire peut nous poser quelques questions :

  • Dans tout ce que je fais, pourquoi je le fais ?
    Est‑ce que je cherche surtout à être vu, reconnu, sécurisé, ou bien à servir, à aimer, à construire ?
  • Qu’est‑ce qui, dans ma vie, est en train de m’éloigner de l’essentiel ?
    Des habitudes, des peurs, des attachements, des masques ?
  • Est‑ce que j’ose croire qu’une existence peut être grande,
    même si elle n’est ni bruyante, ni spectaculaire, ni à la mode ?

Saint Laurent Justinien rappelle aussi autre chose :
la sainteté n’est pas réservée aux moines cachés ou aux grandes figures exceptionnelles.
Elle peut se vivre au milieu des responsabilités : gouverner, décider, gérer des conflits, accompagner un peuple dans ses fragilités… mais en gardant un cœur ajusté, humble, tourné vers plus grand que soi.

Le 8 janvier, se souvenir de lui peut être comme une petite invitation à faire le tri :

  • remettre au centre ce qui mérite vraiment de l’énergie ;
  • accepter d’être moins dispersé, moins en représentation ;
  • choisir une forme de sobriété intérieure, sans renoncer à l’engagement.

En somme, saint Laurent Justinien nous murmure que la vraie grandeur ne se mesure pas à la surface de ce qu’on montre, mais à la profondeur de ce qu’on aime. Et que, même au cœur d’un monde complexe, il est possible de chercher une vie à la fois simple, exigeante et unifiée.

Laisser un commentaire