Mes frères et sœurs,

Nous voici au quatrième et dernier dimanche de l’Avent. La semaine prochaine, c’est Noël. L’attente est presque terminée. Aujourd’hui, l’Évangile nous plonge dans le cœur de l’histoire de la Nativité, non pas par le prisme de Marie, mais par celui de son époux, Joseph.

L’histoire que Matthieu nous raconte est d’une intensité incroyable, et incroyablement actuelle :

« Voici comment fut engendré Jésus Christ : Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ; or, avant qu’ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par l’action de l’Esprit Saint. » (Mt 1, 18)

Imaginez la scène. Joseph, un homme juste, un artisan, un travailleur. Il a des projets pour son mariage, pour sa vie. Et puis, c’est le choc : Marie, sa fiancée, est enceinte, et il sait que l’enfant n’est pas de lui.

Dans la société de l’époque, Joseph avait deux options extrêmes : soit dénoncer Marie publiquement, ce qui l’aurait exposée à la lapidation, soit divorcer en secret. Joseph, parce qu’il était un homme juste, choisit la deuxième option : il voulait protéger Marie, même si cela signifiait briser son cœur et renoncer à ses propres rêves. C’est un acte d’amour et de respect immense, une tentative de gérer une situation impossible avec la plus grande dignité.

Et cela, mes amis, c’est le genre de dilemme que nous vivons encore aujourd’hui.

  • Pensez à ceux qui, au travail, découvrent une injustice et doivent choisir entre se taire pour protéger leur carrière, ou parler et risquer de tout perdre.
  • Pensez à celui ou celle qui doit prendre une décision difficile dans une relation amoureuse ou familiale, une décision qui implique de renoncer à son propre bonheur pour le bien de l’autre.
  • Pensez aux parents qui doivent choisir entre la sûreté financière et le temps passé avec leurs enfants.

Joseph est face à un mur. Il a ses propres idées de ce que doit être une vie « normale », une vie « juste ». Il est prêt à agir selon sa propre justice.

C’est alors qu’intervient le fameux songe :

« Comme il était en train d’y réfléchir, voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : ‘Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint.’ » (Mt 1, 20)

Le message de l’ange n’est pas seulement une explication théologique ; c’est une invitation à changer de plan. L’ange lui dit, en substance : « Joseph, ta justice est bonne, mais ma Justice est plus grande. Mon plan est plus surprenant que tes attentes. Fais-moi confiance. »

Joseph, l’homme de l’ombre, nous donne ici une leçon fondamentale : la foi, ce n’est pas seulement croire en Dieu ; c’est accepter que Dieu puisse avoir un chemin pour nous qui soit radicalement différent du nôtre.

Combien de fois, dans notre vie moderne, nous nous accrochons à notre « plan parfait » ?

  • Notre plan pour une carrière sans faute.
  • Notre plan pour une famille idéale, sans heurt.
  • Notre plan pour une retraite paisible et bien méritée.

Et puis, la vie, ou Dieu, vient bousculer ce plan. C’est la maladie qui frappe, la perte d’emploi inattendue, un enfant qui choisit un chemin que nous n’avions pas imaginé. Notre premier réflexe, c’est la peur, la colère, le rejet.

L’exemple de Joseph nous encourage à lâcher prise. Il nous dit : « Si vous entendez la voix de Dieu, même si elle vient par un chemin inattendu (un songe, une rencontre, un événement soudain), écoutez-la et changez votre plan ! »

Et Joseph ne fait pas que rêver ; il agit.

« Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait commandé : il prit chez lui son épouse. » (Mt 1, 24)

Ce verset est d’une simplicité et d’une puissance incroyables. Joseph ne s’attarde pas, il n’hésite pas, il n’envoie pas un email pour demander une deuxième opinion ! Il se lève et il agit. Il transforme l’ordre divin en action concrète. Il accepte de passer pour le cocu de l’histoire, d’être incompris par son entourage, pour obéir à Dieu.

Aujourd’hui, l’Avent nous appelle à une « obéissance active » à l’image de Joseph.

L’obéissance ne signifie pas faire ce qui est facile. Pour Joseph, c’était de prendre le risque de l’inconnu, de l’humiliation. Pour nous, aujourd’hui, cela signifie :

  1. S’ouvrir aux Surprises de Dieu : Accepter que le miracle, la naissance du Christ, puisse ne pas arriver dans un éclair spectaculaire, mais dans le chaos et l’inconfort de notre quotidien.
  2. Protéger les Innocents : Faire preuve de la même justice que Joseph. Nous sommes appelés à protéger la dignité de ceux qui sont vulnérables, même si cela nous coûte personnellement.
  3. Transformer l’Écoute en Acte : Si le message de Noël nous touche le cœur, que faisons-nous concrètement ? Allons-nous enfin appeler cette personne avec qui nous sommes fâchés ? Allons-nous enfin donner de notre temps à cette œuvre que nous admirons ?

Joseph est l’homme du « oui » silencieux. En prenant Marie chez lui, il a permis que le Verbe se fasse chair. Il a protégé le chemin de Dieu sur Terre.

En cette dernière ligne droite vers Noël, demandons à saint Joseph la grâce de l’humilité pour écouter un plan plus grand que le nôtre, et le courage de nous lever et d’agir sans attendre, afin que le Christ puisse aussi naître dans la réalité de nos vies.

Laisser un commentaire