Il était une fois, dans une vallée balayée par les vents et coupée du reste du monde, un village dont la vie était réglée par le débit de la rivière Kyan. Les villageois avaient coutume de se réunir près de la Source Sacrée avant chaque saison pour faire le point sur leurs engagements.

Dans ce village vivait un jeune homme nommé Lyam. Lyam était bien intentionné et aimait rendre service, mais sa nature le poussait à éviter toute friction. Lorsqu’on lui demandait s’il pouvait aider à réparer le toit, il répondait toujours par un « Oui, bien sûr », même s’il savait qu’il n’aurait pas le temps. S’il était invité à une longue veillée dont il ne voulait pas, il répondait par un « Non, mais presque… il se pourrait que je vienne plus tard, » laissant planer le doute.
Les villageois, au fil du temps, apprirent à interpréter le langage de Lyam. Ses « oui » étaient dits avec un ton si hésitant qu’ils les comprenaient comme des « peut-être ». Ses « non » étaient si indirects qu’ils les prenaient pour de vagues promesses. Lyam devint celui dont on ne pouvait jamais être sûr.
Un jour, une sécheresse inattendue s’abattit sur la vallée. Le chef du village demanda à chaque personne de s’engager formellement à apporter une certaine quantité d’eau de la réserve du haut-mont d’ici le lendemain soir, car les cultures en dépendaient. Lyam répondit, les mains jointes : « Oui, je promets d’apporter ma part, et même un peu plus. »
Le lendemain soir, alors que le soleil se couchait, les villageois arrivèrent avec leurs cruches. Tous avaient tenu parole. Mais la part de Lyam manquait. Les villageois, anxieux, se tournèrent vers lui. Lyam haussa les épaules, confus : « Mais, je pensais que quelqu’un d’autre s’en occuperait, je n’ai pas eu le temps de monter si haut. »
Le chef du village, une vieille femme sage nommée Elara, désigna alors deux éléments naturels qui dominaient la place :
Devant eux se trouvait la Source Sacrée. Lorsque l’eau jaillissait, son murmure était toujours le même, clair et constant. C’était la parole du « oui » simple. Elle disait : Je sors, et je sors maintenant.
Derrière eux se dressait le Rocher de l’Absence, un énorme bloc de pierre. Le Rocher ne bougeait jamais. Il n’émettait aucun son. Il disait : Je ne suis pas une rivière, je suis ici, immobile. C’était la parole du « non » simple.
Elara s’adressa à Lyam : « Ton cœur est rempli de bonté, Lyam, mais tes paroles sont comme l’écho incertain au fond d’une grotte. Quand la Source dit oui, elle s’écoule. Quand le Rocher dit non, il ne bouge pas. La vie d’un village ne peut pas reposer sur l’ambiguïté. »
Elle continua : « Quand tu as dit oui pour l’eau, ton oui n’était pas le murmure de la Source, mais un bruit vide. Quand tu aurais dû dire non aux invitations que tu ne pouvais pas honorer, ton non n’était pas la fermeté du Rocher, mais une excuse murmurée. Ce n’est pas ta capacité, Lyam, qui nous manque ; c’est la certitude de ta parole. »
À partir de ce jour, Lyam prit une nouvelle résolution. Il apprit à écouter la Source pour ses « oui » — étaient-ils limpides, constants, prêts à s’écouler ? Et il consulta le Rocher pour ses « non » — étaient-ils solides, inébranlables, respectueux de ses limites ?
Progressivement, les villageois recommencèrent à lui faire confiance, non pas parce qu’il disait oui plus souvent, mais parce que lorsque Lyam prononçait un mot, on savait qu’il était soit l’eau qui coule, soit la pierre qui reste. Et dans la vallée, la certitude de la parole redevint la source la plus vitale, plus précieuse que l’eau elle-même.

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