L’Evangile

« Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi » (Lc 1, 26-38)

Alléluia. Alléluia.
Je te salue, Marie, Comblée-de-grâce :
le Seigneur est avec toi,
tu es bénie entre les femmes.
Alléluia. (cf. Lc 1, 28.42)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
    l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu
dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
    à une jeune fille vierge,
accordée en mariage à un homme de la maison de David,
appelé Joseph ;
et le nom de la jeune fille était Marie.
    L’ange entra chez elle et dit :
« Je te salue, Comblée-de-grâce,
le Seigneur est avec toi. »
    À cette parole, elle fut toute bouleversée,
et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.
    L’ange lui dit alors :
« Sois sans crainte, Marie,
car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
    Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;
tu lui donneras le nom de Jésus.
    Il sera grand,
il sera appelé Fils du Très-Haut ;
le Seigneur Dieu
lui donnera le trône de David son père ;
    il régnera pour toujours sur la maison de Jacob,
et son règne n’aura pas de fin. »
    Marie dit à l’ange :
« Comment cela va-t-il se faire,
puisque je ne connais pas d’homme ? »
    L’ange lui répondit :
« L’Esprit Saint viendra sur toi,
et la puissance du Très-Haut
te prendra sous son ombre ;
c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,
il sera appelé Fils de Dieu.
    Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente,
a conçu, elle aussi, un fils
et en est à son sixième mois,
alors qu’on l’appelait la femme stérile.
    Car rien n’est impossible à Dieu. »
    Marie dit alors :
« Voici la servante du Seigneur ;
que tout m’advienne selon ta parole. »

Alors l’ange la quitta.

Sa réflexion

L’évangile de l’Annonciation n’est pas seulement le récit fondateur de l’Incarnation, il est aussi le miroir dans lequel se révèle la perfection et la grâce de Marie, honorée sous le titre de l’Immaculée Conception.

1. La Salutation et le Mystère de la Grâce (Lc 1, 28)

L’ange Gabriel s’adresse à Marie par une formule unique : « Salut, comblée de grâce, le Seigneur est avec toi. »

  • « Comblée de grâce » (, Kecharitomene en grec) : Ce terme n’est pas une simple formule de politesse ; c’est un nom nouveau qui définit l’être même de Marie. La forme du verbe au parfait passif indique une action divine accomplie et permanente : Marie a été, et demeure, le fruit d’une grâce parfaite et totale.
  • Le Lien avec l’Immaculée Conception : L’Église comprend que, pour être ainsi « comblée » en vue d’accueillir le Christ, Marie a dû être préservée de toute tache du péché originel dès le premier instant de sa conception. Cette préservation est la condition a priori de la plénitude de grâce qu’elle reçoit à l’Annonciation. Elle est la terre immaculée, le sanctuaire pur, préparé par Dieu Lui-même pour y faire résider Son Fils.

L’Immaculée Conception n’est donc pas seulement un privilège, c’est la condition de possibilité de l’Annonciation.

2. Le Trouble et l’Humilité de Marie (Lc 1, 29)

« À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. »

  • La Véritable Humilité : Le trouble de Marie ne vient pas de la peur d’une apparition surnaturelle, mais de l’excès d’honneur que lui rend l’ange. Elle ne comprend pas la grandeur qu’on lui attribue. Son cœur immaculé, entièrement tourné vers Dieu, est incapable d’orgueil ou de vanité.
  • La Grâce ne Supprime pas l’Humanité : Malgré sa perfection, Marie demeure une femme qui raisonne, interroge et cherche à comprendre la volonté de Dieu. Sa liberté n’est pas contrainte par la grâce ; elle est magnifiée par elle. Le mystère de l’Immaculée Conception ne fait pas d’elle une statue ; il fait d’elle la femme parfaitement humaine que Dieu a toujours voulu que l’homme soit.

3. La Question de la Vierge et l’Œuvre de l’Esprit (Lc 1, 34-35)

« Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? »

  • Le Vœu de Virginité : La question de Marie, interprétée par la Tradition, révèle son intention de rester Vierge, même dans le mariage. Sa réponse à l’ange n’est pas un refus, mais une requête de clarification sur la modalité d’exécution du plan divin, en accord avec sa propre consécration à Dieu.
  • La Réponse Angélique : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre. » L’Incarnation est l’œuvre souveraine de l’Esprit. L’ombre de l’Esprit est une référence directe à la Nuée qui couvrait la Tente de la Rencontre dans l’Ancien Testament (Ex 40, 34-35). Marie est la nouvelle Arche d’Alliance, le lieu le plus saint où Dieu vient résider. Pour être cette Arche, elle devait être pure, intacte et sanctifiée : Immaculée.

4. Le Fait Accompli : La Réponse du « Oui » (Lc 1, 38)

« Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta parole. »

  • Le Modèle de la Foi : Ce fiat (« Qu’il en soit ainsi ») est l’acte de foi le plus libre et le plus total jamais prononcé par une créature. Loin d’être une soumission forcée, c’est une adhésion joyeuse et éclairée à la volonté de Dieu.
  • Le Rétablissement de l’Humanité : Alors qu’Ève, par son non (le péché), a fermé la porte du Paradis, Marie, par son oui immaculé, ouvre la porte par laquelle le Rédempteur entre dans le monde. C’est pourquoi la Tradition l’appelle la « Nouvelle Ève ». Sa conception sans péché est nécessaire pour que ce oui soit parfaitement libre et parfaitement saint, capable de défaire le non originel.

Conclusion

L’Annonciation nous révèle la vocation suprême de Marie, Mère de Dieu. La Solennité de l’Immaculée Conception nous en donne la clef théologique : Marie a été préparée par une grâce prévenante et singulière pour que son consentement soit le don le plus pur de l’humanité à son Créateur.

Elle est le chef-d’œuvre de la Rédemption, rachetée par anticipation des mérites de son Fils, afin qu’elle puisse dire son fiat d’un cœur parfaitement libre, et nous montrer ainsi le chemin de la sainteté et de l’obéissance à la Parole.

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