Le concept de vigilance n’est pas un appel à la paranoïa, mais un pilier fondamental de la spiritualité chrétienne. Il résonne comme un tambour dans les Évangiles (Matthieu 24, 25, Marc 13) et les lettres des Apôtres (1 Pierre 5, 8 ; 1 Thessaloniciens 5, 6). Pour le chrétien, l’urgence de la vigilance s’articule autour de trois dimensions essentielles.

1. Vigilance face à l’Imprévisibilité du Retour du Christ

L’urgence principale est dictée par la certitude du retour du Seigneur et l’incertitude de son moment. Jésus nous prévient : il viendra « à l’heure où vous n’y penserez pas » (Mt 24, 44).

La foi chrétienne n’est pas une simple adhésion à un code moral, mais l’attente vive de l’Époux. L’exemple des dix vierges (Mt 25) est éloquent : toutes dormaient, mais cinq d’entre elles avaient négligé de faire des réserves d’huile, le symbole de la préparation intérieure (la prière, les œuvres de miséricorde, la grâce sanctifiante). L’urgence de la vigilance nous rappelle que la vie est un temps de préparation. Notre état spirituel à l’instant de la rencontre avec le Christ sera le fruit de la manière dont nous avons vécu le temps accordé. L’urgence n’est donc pas tant dans la fin du monde que dans la sanctification du temps présent.

2. Vigilance face à la Tentation et à l’Adversaire

La vigilance est aussi une armure spirituelle quotidienne. Saint Pierre nous exhorte : « Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer » (1 Pierre 5, 8).

L’urgence ici est de ne pas se laisser surprendre par les ruses de l’ennemi. Le danger ne vient pas seulement des grandes tentations spectaculaires, mais des petites négligences : l’oubli de la prière matinale, le jugement hâtif, la complaisance dans les mauvaises habitudes. L’ennemi spirituel cherche à nous endormir dans la tiédeur.

  • Veiller, c’est prier : C’est le Christ lui-même qui, à Gethsémani, dit à ses disciples : « Veillez et priez, afin de ne pas entrer en tentation » (Mt 26, 41). La prière est l’acte de vigilance par excellence, car elle maintient le lien vital avec Dieu, source de notre force.
  • Veiller, c’est discerner : C’est trier les pensées, les paroles et les actions pour s’assurer qu’elles sont conformes à la volonté de Dieu.

3. Vigilance pour Servir le Royaume

Enfin, la vigilance est active. Elle n’est pas une peur statique, mais une disponibilité joyeuse. Le chrétien vigilant est semblable à un serviteur dont le maître est parti et qui doit gérer la maison en son absence. Il ne doit pas se laisser aller à la paresse ou maltraiter les autres serviteurs, mais doit être trouvé fidèle dans l’accomplissement de sa tâche (Lc 12, 42-48).

L’urgence de la vigilance nous pousse à :

  • L’amour actif : À ne pas reporter le geste de charité, le pardon à accorder ou la parole d’encouragement à donner.
  • La fidélité aux engagements : À prendre au sérieux notre vocation de baptisés et nos responsabilités envers le monde.

Conclusion

L’urgence de la vigilance nous ramène au moment présent. Elle nous invite à nous réveiller de l’illusion que nous avons tout le temps. Chaque matin est une nouvelle chance d’allumer notre lampe, de renouveler notre consécration et de vivre ce jour comme si c’était le seul qui compte.

La vigilance est l’art de lier l’Éternel à l’éphémère. Elle est la façon dont le chrétien vit, le cœur tourné vers le ciel, mais les mains plongées dans le service de la terre.

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