
La Tentation de la Richesse Morale (Lc 18, 18-23)
Le récit du jeune homme riche est le parfait contrepoint à l’histoire de la veuve. Le jeune homme s’approche de Jésus avec une question essentielle : « Que dois-je faire pour hériter de la vie éternelle ? »
Il est décrit comme un homme respectable et observateur de la loi : il a suivi les commandements (ne pas commettre d’adultère, ne pas tuer, ne pas voler, honorer ses parents) depuis sa jeunesse. Il possède une richesse morale et matérielle.
Cependant, Jésus identifie son point de rupture, l’unique chose qui lui manque :
« Il te manque encore une chose : vends tout ce que tu as, distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, et suis-moi. » (Lc 18, 22)
À cette parole, l’homme devient « tout triste » car il était extrêmement riche.
Le « tout » que Jésus demande n’est pas d’abord une question de finance, mais de priorité. La richesse, pour ce jeune homme, n’était pas une simple possession ; elle était sa sécurité, son identité et, finalement, son idole. Elle occupait dans son cœur la place qui aurait dû revenir à Dieu seul. La tristesse qu’il éprouve n’est pas le regret de ne pas pouvoir suivre Jésus, mais la douleur de devoir renoncer à l’attachement qui le définit.
L’Impossible du Salut Humain (Lc 18, 24-27)
Devant la tristesse et le départ de l’homme, Jésus prononce deux phrases qui choquent ses auditeurs :
- « Qu’il est difficile à ceux qui ont des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! »
- « Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
Cette comparaison radicale souligne que la richesse matérielle n’est pas seulement un obstacle, elle est un danger spirituel majeur, car elle nourrit l’illusion de l’autosuffisance. Le riche est celui qui croit ne pas avoir besoin de Dieu parce qu’il peut tout acheter ou tout garantir par lui-même.
Les auditeurs, interloqués, demandent : « Qui donc peut être sauvé ? »
Jésus répondit : « Ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu. » (Lc 18, 27)
L’accent est mis sur la grâce. Le salut n’est pas le fruit d’une accumulation d’efforts (comme le respect des commandements) ou d’une renonciation humaine (comme vendre ses biens), mais un don de Dieu. La conversion du riche n’est possible que si Dieu délie l’attachement du cœur, permettant à l’individu de réaliser que tout est grâce.
La Récompense de l’Abandon (Lc 18, 28-30)
Pierre intervient alors : « Voici, nous, nous avons tout laissé et nous t’avons suivi. »
Jésus répond en promettant une récompense surabondante à ceux qui font ce pas d’abandon :
« […] il n’est personne qui, ayant quitté maison, ou femme, ou frères, ou parents, ou enfants, à cause du Royaume de Dieu, ne reçoive beaucoup plus en ce temps-ci, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. » (Lc 18, 29-30)
Le message de Luc 18 et 21 est cohérent :
- La pauvre veuve (Lc 21) incarne celui qui n’a rien mais donne tout par amour et confiance. Elle est déjà sauvée par son cœur.
- Le jeune homme riche (Lc 18) incarne celui qui a tout mais est incapable de donner ce peu (son attachement) pour tout recevoir. Il reste prisonnier de son avoir.
Jésus ne condamne pas la possession, mais l’attachement exclusif qui rend le cœur incapable d’accueillir le Royaume. La véritable pauvreté n’est pas un manque d’argent, mais une disponibilité totale du cœur à l’appel de Dieu.

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