Frères et sœurs, nous célébrons aujourd’hui le Christ Roi de l’Univers. Quel paradoxe frappant que l’Évangile que l’Église nous donne pour cette fête de la royauté ! Nous ne voyons pas un souverain sur un trône de gloire, mais un homme crucifié, un condamné, raillé par les chefs, les soldats et même l’un des malfaiteurs. « S’il est le Messie de Dieu, l’Élu, qu’il se sauve lui-même ! » lui lance-t-on.

C’est dans cette extrême faiblesse que se révèle la véritable nature de la royauté du Christ, une royauté bien différente de celle que le monde recherche ou impose

Notre monde d’aujourd’hui, comme celui de l’époque, valorise la puissance, le succès immédiat, la visibilité et l’efficacité. On veut des leaders forts, capables de « se sauver eux-mêmes » et de nous tirer d’affaire rapidement. On est tenté d’exclure la faiblesse, l’échec et la souffrance.

  • Le Défi du Pouvoir et de l’Indifférence : Le Christ en croix nous dit que son Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18,36). Il ne s’impose pas par la force militaire, économique ou politique. Sa force est l’Amour donné jusqu’au bout. Aujourd’hui, quand sommes-nous comme la foule qui « restait là à regarder » ? Quand l’indifférence nous gagne-t-elle face à la souffrance de nos voisins, des migrants, des victimes d’injustices ? Le Christ-Roi nous appelle à nous impliquer, à ne pas rester spectateurs du malheur.
  • Le Salut par l’Humilité et la Miséricorde : L’évangile nous présente quatre attitudes face au Christ crucifié :
    1. Les chefs et soldats (La moquerie) : « Sauve-toi toi-même ! » — C’est le culte de la performance et le rejet de celui qui semble faible.
    2. Le premier malfaiteur (L’injure) : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » — C’est la revendication, l’exigence d’un Dieu « miracle » au service de nos désirs.
    3. Le peuple (L’observation silencieuse) : L’indifférence, la passivité.
    4. Le second malfaiteur (La foi) : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » — Un cœur contrit, qui reconnaît sa faute et se confie à un Roi qui n’a « rien fait de mal ».

C’est ce second malfaiteur, souvent appelé le « bon larron », qui saisit le mystère de cette Royauté. Il n’a rien à offrir, sauf son humble reconnaissance et sa foi inespérée en un avenir. Et quelle est la réponse du Roi ? « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

  • Un Royaume d’Aujourd’hui : Le Royaume de Dieu n’est pas seulement pour un futur lointain ; il est accessible « aujourd’hui », au moment où nous reconnaissons notre faiblesse et où nous nous tournons vers Jésus. C’est l’urgence de la conversion dans nos vies. Chaque jour, nous avons l’opportunité de laisser le Christ régner dans nos décisions, en privilégiant l’amour, le pardon et le service, même quand cela nous coûte.
  • Qui est le Roi de ma Vie ? La question essentielle de cette solennité pour chacun de nous est : Qui gouverne ma vie, mes choix, mes priorités ? Est-ce l’argent, la consommation, l’orgueil, le regard des autres, ou est-ce le Christ-Roi, qui nous appelle à régner avec lui par le service ?

En le reconnaissant comme Roi, nous acceptons d’entrer dans son Royaume d’amour et de miséricorde, là où les derniers seront les premiers, où la force se trouve dans le pardon, et où le trône est une croix. C’est là, dans cette foi simple et ce regard vers le Crucifié, que notre vie d’aujourd’hui trouve son véritable sens et sa destination finale : être avec Lui dans le Paradis.

Amen.

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