L’Evangile

« Pourquoi n’as-tu pas mis mon argent à la banque ? » (Lc 19, 11-28)

Alléluia. Alléluia.
C’est moi qui vous ai choisis,
afin que vous alliez, que vous portiez du fruit,
et que votre fruit demeure, dit le Seigneur.
Alléluia. (cf. Jn 15, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
    comme on l’écoutait,
Jésus ajouta une parabole :
il était près de Jérusalem
et ses auditeurs pensaient que le royaume de Dieu
allait se manifester à l’instant même.
    Voici donc ce qu’il dit :
« Un homme de la noblesse
partit dans un pays lointain
pour se faire donner la royauté et revenir ensuite.
    Il appela dix de ses serviteurs,
et remit à chacun une somme de la valeur d’une mine ;
puis il leur dit :
“Pendant mon voyage, faites de bonnes affaires.”
    Mais ses concitoyens le détestaient,
et ils envoyèrent derrière lui une délégation
chargée de dire :
“Nous ne voulons pas que cet homme règne sur nous.”

    Quand il fut de retour après avoir reçu la royauté,
il fit convoquer les serviteurs auxquels il avait remis l’argent,
afin de savoir ce que leurs affaires avaient rapporté.
    Le premier se présenta et dit :
“Seigneur, la somme que tu m’avais remise
a été multipliée par dix.”
    Le roi lui déclara :
“Très bien, bon serviteur !
Puisque tu as été fidèle en si peu de chose,
reçois l’autorité sur dix villes.”
    Le second vint dire :
“La somme que tu m’avais remise, Seigneur,
a été multipliée par cinq.”
    À celui-là encore, le roi dit :
“Toi, de même, sois à la tête de cinq villes.”
    Le dernier vint dire :
“Seigneur, voici la somme que tu m’avais remise ;
je l’ai gardée enveloppée dans un linge.
    En effet, j’avais peur de toi,
car tu es un homme exigeant,
tu retires ce que tu n’as pas mis en dépôt,
tu moissonnes ce que tu n’as pas semé.”
    Le roi lui déclara :
“Je vais te juger sur tes paroles,
serviteur mauvais :
tu savais que je suis un homme exigeant,
que je retire ce que je n’ai pas mis en dépôt,
que je moissonne ce que je n’ai pas semé ;
    alors pourquoi n’as-tu pas mis mon argent à la banque ?
À mon arrivée, je l’aurais repris avec les intérêts.”
    Et le roi dit à ceux qui étaient là :
“Retirez-lui cette somme
et donnez-la à celui qui a dix fois plus.”
    On lui dit :
“Seigneur, il a dix fois plus !
    – Je vous le déclare :
on donnera
à celui qui a ;
mais celui qui n’a rien
se verra enlever même ce qu’il a.
    Quant à mes ennemis,
ceux qui n’ont pas voulu que je règne sur eux,
amenez-les ici
et égorgez-les devant moi.” »

    Après avoir ainsi parlé,
Jésus partit en avant
pour monter à Jérusalem.

Sa réflexion

L’Évangile de Luc, chapitre 19, versets 11 à 28, présente la parabole des mines (ou des talents, dans l’Évangile de Matthieu). Elle nous invite à une profonde introspection sur la gestion de nos vies et des dons qui nous sont confiés.

La Confiance et la Responsabilité de Fructifier

Dans cette parabole, un homme de haute naissance (représentant le Christ) confie une mine (une somme d’argent) à chacun de ses serviteurs. Ce geste symbolise la confiance que Dieu nous accorde en nous donnant la vie, des talents personnels (intelligence, compétences, relations, temps, ressources matérielles) et surtout la foi.

  • L’appel à l’action : La consigne est claire : « Faites-les valoir jusqu’à ce que je revienne. » (v. 13). Dans nos vies, cela signifie que nous sommes appelés à être des gestionnaires actifs de ce que nous avons reçu, et non de simples dépositaires passifs. La vie chrétienne n’est pas une attente figée, mais un engagement dynamique au service du Royaume de Dieu et de l’humanité.
  • Les deux serviteurs fidèles : Ceux qui font fructifier leur mine (jusqu’à dix ou cinq mines) sont récompensés par une responsabilité accrue (le gouvernement de villes). Leur réussite est louée : « C’est bien, bon serviteur ; parce que tu as été fidèle en peu de chose, reçois le gouvernement de dix villes. » (v. 17). Cela souligne l’importance de la fidélité dans les petites choses – nos actions quotidiennes, notre persévérance, notre manière d’aimer et de servir.

Le Péril de la Peur et de l’Inaction

Le troisième serviteur, lui, n’a rien fait : il a enveloppé la mine dans un linge. Il se justifie par la peur : « Seigneur, voici ta mine, que j’ai gardée dans un linge ; car j’avais peur de toi, parce que tu es un homme sévère… » (v. 20-21).

  • La peur comme paralysie : Ce serviteur représente ceux qui, par crainte du risque, du jugement ou de l’échec, choisissent l’inaction et la stagnation. La peur l’a empêché de vivre pleinement, d’oser, de donner et de croître. Il a préféré la sécurité stérile plutôt que la prise de risque productive.
  • Le jugement sur l’inaction : Le jugement du maître est sévère, non pas sur l’échec d’une tentative, mais sur l’absence de toute tentative. Il est jugé sur ses propres paroles (v. 22) : s’il craignait son maître comme un homme exigeant, il aurait dû au moins placer l’argent à la banque pour obtenir un intérêt (v. 23). La leçon est que même la prudence n’excuse pas la paresse ou l’absence de contribution. Ne pas utiliser ses dons, c’est les perdre.

Application à nos Vies

Cette parabole nous interpelle directement :

  1. Quelles sont les « mines » que j’ai reçues ? Ce sont mes qualités, mon temps, mes ressources, l’Évangile lui-même. Suis-je conscient de leur valeur et de ma responsabilité à leur égard ?
  2. Comment les « mines » sont-elles en train de fructifier ? Est-ce que j’utilise mes dons pour le bien des autres, pour grandir spirituellement et humainement, ou les garde-je égoïstement « dans un linge » ? La fructification se mesure à l’amour que nous mettons dans nos actions et à l’impact que nous avons sur le monde.
  3. Qu’est-ce qui m’empêche d’agir ? Est-ce la peur de l’échec, le manque de foi, la paresse, ou le refus d’assumer ma part de responsabilité dans la construction d’un monde meilleur ?

En fin de compte, la parabole est un appel à l’audace, à la diligence et à la confiance. Le temps de l’absence du Maître est le temps de l’action pour nous. Nous sommes invités à sortir de la peur et à investir pleinement ce que nous sommes et ce que nous avons, car c’est dans le don et le service que nous trouvons le véritable sens et la récompense de la vie.

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