La guérison de l’aveugle de Jéricho (Lc 18, 35-43) nous révèle que la véritable cécité n’est pas toujours celle des yeux, mais celle de l’âme, du cœur et de l’esprit. Dans notre vie concrète, la cécité spirituelle, morale et émotionnelle nous paralyse et nous maintient « assis au bord du chemin » de notre existence.

1. La Cécité Spirituelle : Le Refus de Voir Plus Grand

La cécité spirituelle est l’incapacité à percevoir le sens profond de notre vie ou la présence d’une réalité qui nous dépasse.

  • Dans le concret : Elle se manifeste lorsque nous sommes tellement absorbés par l’urgence du quotidien (factures, stress, planning) que nous devenons sours et aveugles au sacré, aux moments de grâce ou aux appels à l’amour. Nous sommes incapables de nous arrêter, de crier un besoin d’espérance, ou de reconnaître que Jésus (le sens, le salut) passe juste à côté de nous.
  • La guérison : Retrouver la vue, c’est lever les yeux au-delà de nos soucis immédiats et voir que le monde ne se résume pas à notre périmètre de survie. C’est l’ouverture à la transcendance.

2. La Cécité Morale : L’Indifférence à l’Autre

La cécité morale est l’incapacité à reconnaître la dignité d’autrui ou à percevoir les conséquences de nos actes.

  • Dans le concret : C’est l’attitude de la foule qui, dans l’Évangile, tente de faire taire l’aveugle. Aujourd’hui, cette foule est notre indifférence collective ou individuelle : nous passons devant la misère (physique ou affective) sans nous arrêter. Nous sommes aveugles aux signaux de détresse de nos proches, aux injustices sociales, ou à l’impact de notre mode de vie sur l’environnement.
  • La guérison : Jésus s’arrête, forçant la foule à regarder celui qui était marginalisé. Notre guérison morale passe par un arrêt volontaire (Jésus s’arrête) pour écouter le cri de l’autre et lui demander : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » C’est le passage de l’égoïsme à la compassion active.

3. La Cécité Émotionnelle : Le Déni de Soi

La cécité émotionnelle est la difficulté à identifier, accepter et exprimer nos propres sentiments et besoins profonds.

  • Dans le concret : Elle nous fait mendier l’amour ou la reconnaissance à l’extérieur (comme l’aveugle mendie au bord du chemin) au lieu de reconnaître la valeur intrinsèque qui est déjà en nous. Nous sommes aveugles à nos propres blessures, nous les nions, ou nous nous réfugions dans des distractions pour ne pas affronter la réalité de notre cœur.
  • La guérison : La question de Jésus – « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » – nous oblige à nommer notre souffrance ou notre désir le plus sincère : « Seigneur, que je retrouve la vue » sur moi-même. Cette clarté est le début de la libération et de la mise en marche (l’aveugle se met à suivre Jésus).

En fin de compte, retrouver la vue, c’est choisir de ne plus rester assis en spectateur de notre vie, mais de se lever, d’appeler par la foi, et de suivre la Lumière qui éclaire tout ce qui était caché dans l’ombre.

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