Il était une fois, au cœur d’une ville bruyante et affairée, un magnifique édifice que l’on appelait le Temple du Coeur. On disait qu’il était le lieu de résidence de la Sagesse et de la Paix, le sanctuaire intérieur de chaque habitant.

Or, au fil du temps, des marchands s’y étaient installés. Non pas des marchands d’étoffes ou de fruits, mais les marchands de « Quasi-Besoins » et de « Préoccupations Urgentissimes ».

Dans la grande Cour de la Prière, on trouvait :

  • Les Changeurs d’Attention, qui échangeaient les pièces d’or de la contemplation contre de la monnaie de papier de l’Agitation Éphémère.
  • Les Vendeurs de Colombes de Colère, qui promettaient aux pèlerins un soulagement immédiat en échange de leur patience et de leur pardon.
  • Et les Bêtes de Sacrifice du Moi, nourries de vanité et d’orgueil, qui occupaient l’espace destiné à la gratitude.

Le Temple du Cœur, autrefois un lieu de silence et de lumière, était devenu un marché grouillant et sombre. On y criait, on y comptait, on s’y bousculait. La Sagesse, cachée dans le Saint des Saints, soupirait.

Un jour, un Voyageur silencieux, vêtu d’une simple tunique, arriva. Il s’appelait Emmanuel, le Zélé. Il entra dans le Temple et fut saisi par une tristesse immense en voyant la déchéance du lieu.

Il ne prononça qu’une phrase, mais elle résonna plus fort que tous les cris du marché :

« Pourquoi faites-vous de ce qui fut la Demeure de la Paix une caverne de Négoce ? »

Alors, sans dire un mot de plus, Emmanuel tressa une simple corde de Vérité et commença à agir. Il ne frappa personne, mais avec une force tranquille, il renversa les tables des Changeurs d’Attention. Les pièces d’Agitation Éphémère roulèrent sur le sol, et pour la première fois, on entendit le silence.

Il chassa les Bêtes de Sacrifice du Moi, non pas en hurlant, mais en pointant leur vanité du doigt. Les Bêtes, voyant qu’elles étaient nues, s’enfuirent, laissant l’espace vide. Aux Vendeurs de Colombes de Colère, il dit simplement : « Enlevez cela. Le vrai sacrifice est dans la paix que vous avez vendue.« 

Les marchands protestèrent : — De quel droit agis-tu ainsi ? Donne-nous un signe qui prouve ton autorité !

Emmanuel, fixant un point au-delà des murs de pierre, répondit :

« Détruisez ce Temple, ce lieu de pierres et de trafic… et en trois jours, je le relèverai sous une forme que vous ne pourrez plus jamais corrompre. »

Les marchands se moquèrent : — Il a fallu des vies pour bâtir ces murs, et tu crois les relever en trois jours ?

Emmanuel sourit, car Il ne parlait pas du Temple de pierre. Il parlait du Sanctuaire de son Corps.

Le soir venu, après son départ, les habitants étaient déconcertés. Le silence était revenu, mais le Temple était vide et froid. Ils attendaient qu’il soit « reconstruit » à l’identique.

Mais trois jours plus tard, rien ne se passa sur le Temple de pierre. Au lieu de cela, une lumière inattendue se mit à irradier de l’intérieur des cœurs de ceux qui avaient laissé le silence s’installer.

Ils comprirent enfin : Le vrai Temple n’était pas la structure, mais Emmanuel lui-même, maintenant vivant et présent au milieu d’eux, non plus à côté des marchands, mais au centre de leur vie purifiée.

Désormais, le Temple du Cœur n’était plus un lieu d’échanges, mais un lieu de Rencontre. Quand les Préoccupations Urgentissimes essayaient de revenir, les habitants se souvenaient de la force tranquille d’Emmanuel et savaient que le Nouveau Temple — sa présence en eux — ne pouvait être ni vendu, ni détruit.

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