Quelle joie de nous retrouver pour la fête de la Toussaint! Cette fête n’est pas seulement un jour pour penser à nos chers disparus, c’est avant tout la célébration d’une immense foule de gens qui ont réussi leur vie, qui ont atteint le bonheur ultime, la sainteté. Et la bonne nouvelle, c’est que la sainteté n’est pas réservée à une élite, elle est pour chacun de nous, là où nous sommes, dans le concret de nos vies.

Frères et sœurs bien-aimés,
nous voici réunis en ce jour de la Toussaint, une fête qui nous plonge au cœur de la plus grande espérance : l’appel universel au bonheur et à la vie éternelle. Ce n’est pas la fête des saints canonisés, de ceux que l’Église a reconnus, non, c’est la fête de la foule immense dont parle l’Apocalypse, des gens de toute nation et de toute langue, des gens comme vous et moi, qui ont réussi leur vie, qui sont parvenus à la perfection de l’amour. Et comment y sont-ils parvenus ? L’Évangile nous donne la réponse, une réponse qui surprend toujours : les Béatitudes. Jésus gravit la montagne, s’assoit, et nous révèle ce qui fait la vraie réussite, ce qui est le chemin concret de la sainteté au quotidien. Il ne parle pas de rituels complexes ou de miracles extraordinaires, mais il parle de notre cœur et de nos attitudes face à la réalité de nos vies.
« Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. » Dans notre monde obsédé par la possession, par l’accumulation et par l’autosuffisance, le pauvre de cœur est celui qui sait qu’il n’est pas le maître de sa vie. C’est celui qui, au lieu de s’enfermer dans sa richesse ou son orgueil, ouvre ses mains et son cœur, reconnaissant sa dépendance à Dieu et son besoin de ses frères. C’est l’humilité du cadre supérieur qui sert le café, du parent qui demande pardon à son enfant, du voisin qui accepte d’être aidé. C’est l’attitude intérieure de celui qui, même s’il a tout, vit comme si tout était un don à partager et non une propriété à défendre.
« Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » Jésus ne glorifie pas la souffrance pour elle-même, mais il bénit la compassion. Dans nos vies concrètes, nous rencontrons la peine : le deuil d’un proche, l’épreuve de la maladie, l’injustice criante dans le monde. La sainteté n’est pas l’indifférence, elle est la capacité à ne pas endurcir notre cœur, à verser des larmes non seulement pour nos propres malheurs, mais pour la souffrance des autres. C’est le soutien silencieux à un ami en difficulté, c’est l’engagement pour soulager une misère qui n’est pas la nôtre. Ces larmes de compassion et de repentir sont la porte ouverte à la consolation de Dieu, une consolation qui commence déjà sur cette terre.
« Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Tout cela nous ramène à la même chose : l’amour en action. La douceur, c’est choisir la patience face à la nervosité ambiante, c’est répondre à la violence par le calme et le respect. Le miséricordieux, c’est celui qui ne juge pas et qui pardonne la petite offense quotidienne, qui donne une deuxième chance à l’ami qui a failli, qui voit la misère de l’autre avant de voir son propre mérite. L’artisan de paix, c’est celui qui, au lieu de jeter de l’huile sur le feu des conflits familiaux ou sociaux, cherche inlassablement le pont, le dialogue, la réconciliation. Ces attitudes ne sont pas une faiblesse ; elles sont la véritable force, la force de l’Esprit du Christ qui, sur la Croix, a choisi la douceur et la miséricorde.
Frères et sœurs, cette foule immense des saints, ce sont ces hommes et ces femmes qui ont fait de leur quotidien le champ d’application des Béatitudes. Ils ont vécu la sainteté « de la porte d’à côté », dans leur foyer, leur bureau, leur usine, leurs engagements. Ils nous montrent que la sainteté est le chemin le plus réaliste, le plus humain, vers le bonheur. C’est le chemin de l’amour sans mesure, qui ne craint pas la persécution, car il sait que la récompense est grande dans les cieux. Nous sommes tous appelés à cette sainteté.
Alors, en regardant ces innombrables témoins, laissons-nous renouveler dans notre désir de vivre, dès aujourd’hui, avec un cœur de pauvre, un esprit doux, une soif de justice et une pureté qui nous fasse voir Dieu dans le visage de l’autre. La fête de la Toussaint n’est pas un souvenir, c’est une invitation pressante : Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux !
Amen.

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