Il était une fois, dans la cité du Grand Protocole, une ville où tout était régi par des règles strictes, des horaires affichés et des formulaires numérotés. Les citoyens, appelés les Régulateurs, passaient leur vie à s’assurer que les lois étaient respectées. Le jour le plus sacré était le Jour de Repos Ordonné, durant lequel aucune intervention, non essentielle et non prévue, ne devait avoir lieu.

Au cœur de cette cité se trouvait la Maison des Sages, un lieu de repas et de débats, dirigé par M. Rigidus, un homme obsédé par les listes et les procédures.
Un Jour de Repos Ordonné, M. Rigidus invita l’Étranger Solaire, un homme connu pour son audace et sa façon de penser « hors-cadre ».
Au moment où les discussions sur l’efficacité des nouvelles réglementations commençaient, un homme entra péniblement dans la cour. C’était Léo le Gonflé, un jardinier du quartier dont le corps était étrangement enflé et souffrant (comme l’hydropique). Il ne demandait rien, il était juste là, lourd de son mal.
Les Régulateurs se tournèrent vers l’Étranger Solaire, non pas avec compassion pour Léo, mais avec une curiosité calculatrice : « Va-t-il oser travailler le Jour de Repos Ordonné ? »
L’Étranger Solaire regarda Léo, puis regarda les visages tendus autour de lui. Il demanda aux Sages : « Selon vos règles, est-il permis, ou interdit, de soulager une souffrance visible le Jour de Repos Ordonné ? »
Les Sages se turent. Leurs listes n’avaient pas prévu ce cas. Répondre oui, c’était admettre que la règle pouvait être cassée. Répondre non, c’était se montrer cruel.
Sans attendre un verdict, l’Étranger Solaire s’approcha de Léo. Il ne fit pas de long discours. Il le prit doucement par la main, déposa son énergie et sa concentration dans ce contact, et le mal de Léo se dissipa. Le jardinier, léger, se retira sans un mot, rendu à sa vie.
Puis l’Étranger Solaire se tourna vers ses hôtes. Il ne les accusa pas, il utilisa leur propre logique :
« Imaginez, dit-il. Un jour de Repos Ordonné, l’un de vos Fils ou un de vos Outils de Valeur (votre bœuf) tombe dans un fossé profond. Allez-vous consulter le Manuel des Procédures d’Urgence pour savoir si vous avez le droit de travailler ? Allez-vous attendre l’ouverture des bureaux le lendemain ? »
Les Sages se regardèrent. Non, bien sûr. Pour leur fils, pour leur précieuse machine, ils courraient, ils feraient le nécessaire, immédiatement.
« Alors, » conclut l’Étranger Solaire, « si l’urgence d’un bien matériel ou d’un lien personnel a le droit de briser vos règles, pourquoi l’urgence de l’être humain n’aurait-elle pas la priorité absolue ? La règle est au service de la vie, pas l’inverse. »
Face à cette logique de bon sens, les Régulateurs restèrent sans voix. Ce jour-là, dans la Cité du Grand Protocole, l’Urgence de l’Humain devint, pour la première fois, une loi plus puissante que tous les règlements.

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