La scène de l’Évangile (Lc 14, 1-6), où Jésus guérit un homme le jour du Sabbat, nous met face à un conflit permanent : celui entre la Loi (la règle, la procédure) et l’Amour (la personne, l’urgence d’aider).

1. La Tentation de la Règle (Le « Sabbat » d’Aujourd’hui)

Comme les Pharisiens qui « observaient » Jésus, l’Église (et chaque chrétien) peut être tentée de laisser la règle prendre le dessus sur la charité. Notre « Sabbat » contemporain, ce sont toutes les structures, habitudes ou normes qui, bien qu’utiles, peuvent devenir des obstacles à la rencontre et au service :

  • L’Immobilisme Liturgique : Une église magnifique et des célébrations parfaitement codifiées peuvent se fermer à l’accueil simple de la personne isolée ou non-pratiquante qui cherche juste un peu de réconfort ou de chaleur humaine. La beauté de la liturgie ne doit jamais rendre la communauté inhospitalière.
  • La Complexité Administrative : Des démarches d’inscription au catéchisme trop lourdes, une demande de sacrement rendue difficile par un excès de formalités, peuvent décourager ceux qui cherchent Dieu ou ont besoin d’aide. L’administration, nécessaire, ne doit pas éteindre l’élan de la foi.
  • Le Jugement de l’Apparence : Penser que l’aide, l’écoute, ou même la communion, est réservée à ceux qui « respectent les règles » (vêtement, comportement, histoire personnelle) revient à laisser l’homme malade à la porte.

Jésus nous rappelle que la loi est un moyen, pas une fin. Si la loi empêche de sauver le « fils ou le bœuf qui tombe dans le puits », c’est qu’elle a perdu son sens.

2. Le Mouvement de Jésus : La Bénédiction du Concile Vatican II

Jésus ne débat pas longuement ; il agit. Il prend l’homme, le guérit et le laisse aller. C’est l’acte de charité qui est le seul argument imparable.

L’esprit du Concile Vatican II (1962-1965) est un écho puissant à cette attitude de Jésus. Le Concile a rappelé que l’Église n’est pas seulement une institution parfaite et rigide, mais le Peuple de Dieu en marche et, surtout, un sacrement, c’est-à-dire un signe visible de l’Amour de Dieu dans le monde.

  • Le Principe de l’Adaptation (Aggiornamento) : Le Concile a appelé à une « mise à jour » (Aggiornamento) de l’Église, un effort pour parler un langage compréhensible et pour adapter les pratiques sans toucher au fond de la foi. C’est la reconnaissance que la règle doit s’adapter pour mieux servir l’homme moderne (le « malade hydropique » d’aujourd’hui).
  • La « Joie et Espoir » (Gaudium et Spes) : La Constitution conciliaire Gaudium et Spes place l’Église au milieu des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses des hommes de ce temps. L’Église doit avant tout se préoccuper de l’humain et de ses urgences, sociales ou spirituelles, avant de se préoccuper d’elle-même.

3. Exemples Concrets dans la Vie de l’Église

Comment cet esprit de « Loi du Cœur » se traduit-il dans l’Église d’aujourd’hui ?

Le « Sabbat » (La Règle Rigide)L’Urgence d’Aider (La Loi du Cœur)
« Il faut respecter les horaires stricts de l’accueil paroissial. »Ouvrir le presbytère ou la salle paroissiale pour offrir une boisson chaude ou un lieu sûr à une personne démunie, même en dehors des heures de bureau. L’aide est prioritaire.

« Seuls les paroissiens réguliers peuvent participer aux activités. » | Créer des « groupes Alpha » ou des initiatives d’entraide ouverts à tous (croyants, athées, isolés) pour répondre à la solitude ou à la quête de sens, sans exiger de prérequis. | |

« Le bénévolat doit être fait selon la procédure validée. » | Un jeune ou un aîné voit une personne en difficulté dans le quartier : l’encourager à l’aider immédiatement (faire ses courses, l’écouter), sans attendre l’aval d’un comité. L’initiative personnelle de charité est bénie. | |

« Les sacrements sont pour les purs et les méritants. » | Se souvenir que le Christ est venu pour les pécheurs et les malades. Adopter une posture d’accueil inconditionnel et d’accompagnement de ceux dont les vies sont complexes (familles en rupture, personnes blessées), cherchant avant tout à leur redonner dignité et espoir. |

En fin de compte, l’Évangile de Luc 14, 1-6 est un appel à la simplicité de l’amour. L’amour est la seule règle qui ne se trompe jamais, car il répond à l’urgence vitale de l’être humain. L’Église, selon Vatican II, est appelée à être un hôpital de campagne, là où les blessures sont soignées immédiatement, sans se perdre dans la bureaucratie de la douleur.

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