Évangile : Jean 6, 37-40 – « Celui qui croit le Fils a la vie éternelle, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »

Frères et Sœurs,
Nous sommes au lendemain de la Toussaint, ce jour où nous célébrions la foule immense de ceux qui ont réussi leur vie en Dieu. Aujourd’hui, nous prenons le temps de nous arrêter. Ce jour, le 2 novembre, est l’un des plus humains et les plus intimes de notre calendrier. Il nous ramène au cimetière – qu’il soit un lieu réel, ou celui, plus secret et parfois plus douloureux, qui est au fond de notre cœur.
Nous sommes là pour nos Défunts. Pour ceux que nous avons aimés, ceux dont le fauteuil est vide, ceux dont le rire ne résonne plus à nos oreilles. Et face à ce vide, la douleur est là, mais aussi l’immense question : Qu’est-ce qu’il reste ?
L’Évangile que nous venons d’entendre est un texte d’une densité incroyable. Écoutez bien la promesse que Jésus nous fait, qui est en réalité la volonté absolue de Dieu le Père :
« Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. » (Jn 6, 39)
Dans notre monde de l’éphémère, où tout est fait pour être consommé, jeté, oublié (le fast-fashion, le jetable, l’obsolescence programmée), ce verset est un message anti-perte radical. Dieu, contrairement à nos systèmes humains, refuse l’obsolescence, il refuse le gaspillage de l’humain.
Pensez à ceux qui nous ont quittés. Nous, nous sentons la perte : la perte de la présence, du conseil, de la tendresse. Mais Jésus dit : « Je ne perds rien. »
Cette phrase est un immense réconfort. Elle nous assure que tout ce qui a fait la valeur, l’amour, la beauté de la vie de nos défunts, tout ce qu’ils ont donné – leurs efforts, leurs sacrifices, mais aussi leurs joies, leurs rires – tout est conservé dans la mémoire et dans le cœur de Dieu. Leur histoire n’est pas finie, elle est simplement passée à une autre fréquence.
Jésus va plus loin. Il précise son rôle :
« Tout ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. » (Jn 6, 37)
Cette image du Christ qui accueille sans conditions est essentielle en ce jour. Nous avons parfois, et c’est humain, des images de Dieu juge sévère, qui ferait le tri à la porte du Paradis en se basant sur une comptabilité parfaite.
Jésus brise cette image. Il est celui qui se tient à la porte, non pas pour la claquer, mais pour ouvrir grand ses bras. Il ne jette pas dehors. Cela veut dire :
- Il n’y a pas de prérequis pour venir à Lui si ce n’est d’avoir été donné par le Père, c’est-à-dire d’être son enfant.
- Il n’y a pas d’exclusion pour les cœurs simples, les vies discrètes, ceux qui se sont trompés mais se sont relevés, ceux qui ont aimé maladroitement mais sincèrement.
Pour nos défunts, pour ceux qui ont peut-être douté, qui ont chuté, qui ont manqué de temps, cette parole est une délivrance. L’accueil de Dieu n’est pas une question de performance, mais une question d’Amour.
Enfin, Jésus nous donne la clé, la « porte d’entrée » vers cette Vie :
« Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6, 40)
« Voir le Fils et croire en lui »… Qu’est-ce que cela veut dire concrètement en 2025 ?
- « Voir le Fils » : C’est voir Jésus à travers nos défunts. C’est reconnaître la lumière qu’ils ont été pour nous, le don qu’ils ont fait, l’amour qu’ils ont partagé. C’est croire que la bonté qu’ils nous ont montrée est un reflet de l’amour de Dieu.
- « Croire en lui » : C’est refuser de donner le dernier mot à la mort. C’est affirmer, malgré la tristesse et le vide, que la vie n’est pas un aller simple vers le néant. C’est transformer notre chagrin en espérance : l’espérance qu’un jour, nous nous retrouverons, non pas dans le passé, mais dans la Vie Éternelle, où le temps n’existe plus.
Aujourd’hui, l’Église nous invite à prier pour tous. Pourquoi prier, si Dieu ne perd rien ? Parce que prier est notre façon de continuer le lien, de dire à ceux qui nous ont précédés : « Ton chemin compte. Ton chemin n’est pas terminé. Nous marchons encore avec toi, et nous te confions à l’Amour qui t’a tout donné et qui ne te retirera rien. »
Rassurés par cette promesse, confions-leur nos défunts avec une confiance immense. Ils sont entre les mains de Celui qui ne perd personne.

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