Le verbe « choisir » semble simple, mais il est au cœur de l’expérience humaine. Il est à la fois notre plus grande liberté et notre plus lourde responsabilité. La question de savoir si choisir est difficile ou facile, et surtout comment faire, engage une réflexion philosophique et humaine très concrète.

1. La Nature Philosophique du Choix : Lourdeur et Liberté

Philosophiquement, le choix est difficile car il est indissociable de la responsabilité et du renoncement.

La Difficulté : La Dette Existentielle

  • Le Renoncement et le Deuil : Choisir, c’est obligatoirement dire « oui » à une chose et « non » à toutes les autres possibilités. Selon la formule de Kierkegaard, l’existence est une suite de « ou bien… ou bien… ». Le choix difficile est celui où les options sont également désirables ou redoutables. Chaque décision implique le deuil des chemins non empruntés. La difficulté réside dans la conscience de cette perte irréversible.
  • L’Angoisse de la Responsabilité Totale : Pour les existentialistes comme Jean-Paul Sartre, l’homme est « condamné à être libre ». Nous ne sommes pas déterminés ; nous nous construisons par nos choix. Cette liberté est angoissante car elle fait de nous les seuls responsables de ce que nous sommes, et au-delà, les artisans de l’image de l’homme que nous choisissons d’être. Un mauvais choix n’est pas une simple erreur, c’est un échec moral et existentiel.
  • L’Illusion de la Rationalité Totale : Dans la vie, les choix importants (carrière, amour, déménagement) sont rarement des problèmes mathématiques. Ils impliquent des valeurs non quantifiables et des incertitudes massives sur l’avenir. Il est souvent impossible de déterminer rationnellement l’option « optimale », ce qui rend le processus intellectuellement difficile.

La Facilité : L’Action et l’Identité

  • La Nécessité Vitale : Malgré sa difficulté, choisir est la seule chose qui nous maintient en vie et nous confère une identité. Ne pas choisir, c’est choisir la passivité et l’effacement. Dans ce sens, choisir est facile car c’est une force vitale instinctive.
  • L’Alignement des Valeurs : Pour un individu bien enraciné dans ses valeurs, certains choix deviennent automatiques. Si ma valeur suprême est l’honnêteté, le choix de ne pas mentir est facile, car il est aligné avec mon être profond. La facilité vient alors de la clarté intérieure.

2. Le Chemin Concret : Comment Faire ?

La philosophie nous confronte à la lourdeur du choix, mais la psychologie et l’expérience concrète nous offrent des outils pour alléger le processus.

ÉtapeAction ConcrèteObjectif Humain
1. La Clarification des ValeursIdentifier le « pourquoi » : Lister les 3 valeurs fondamentales que ce choix doit respecter (sécurité, passion, famille, etc.).Ne pas choisir par peur ou par mimétisme social, mais par alignement avec soi-même.
2. Le Recueillement et le TriageS’isoler temporairement : Éloigner les bruits extérieurs (conseils des amis, réseaux sociaux) et mettre à plat les options. Écrire les scénarios et leurs conséquences.Séparer la voix intérieure (intuition, désir profond) de la pression extérieure (attentes sociales, peurs).
3. L’Évaluation du PirePratiquer l’« Ugly Case » : Se demander : « Si je choisis l’option A et que le pire se produit, est-ce gérable ? Puis-je vivre avec ? »L’angoisse naît souvent de l’incertitude. Évaluer et accepter le risque le plus sombre dédramatise l’enjeu.
4. L’Action InachevéeFaire le premier pas : Au lieu de vouloir choisir une fois pour toutes, s’engager sur l’option retenue de manière conditionnelle et réversible (ex: prendre un congé sans solde pour tester un métier).Transformer le choix total en une série de petits tests. Le choix le plus difficile est celui où l’on hésite le plus longtemps ; l’action apporte des informations qui rendent la suite plus facile.

La Liberté Rédemptrice

Choisir est difficile parce que c’est une prise de risque qui nous révèle à nous-mêmes, mais c’est facile parce que c’est la seule porte vers une vie authentique.

La réponse au dilemme n’est pas de chercher la solution parfaite (qui n’existe pas), mais de développer la confiance en sa capacité à assumer l’imperfection du choix.

« L’essentiel n’est pas le choix, mais le chemin que l’on fait avec. »

Une fois le choix posé, toute l’énergie précédemment gaspillée dans l’hésitation doit être réinvestie dans la mise en œuvre de la décision, la rendant ainsi juste a posteriori par la détermination et l’engagement. Le choix devient alors l’acte le plus haut et le plus constructif de notre liberté.

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