I. La Cité du Code et la Règle d’Or

Il était une fois, au cœur d’un royaume de pierre et de logique, la ville d’Orthos. Cette cité était célèbre pour sa Grande Loi, gravée sur le Cube de la Mesure, et surtout pour ses Scribes, les gardiens du détail.

Parmi eux se trouvait Maître Thémis, le plus rigoureux des Scribes. Pour Thémis, l’ordre du monde dépendait de l’obéissance absolue à chaque article, chaque ligne du Cube. La règle suprême d’Orthos était : « Nul ne doit travailler ou enfreindre le repos le Jour du Parfait Repos, car la Mesure l’exige. »

Un jour, une vieille femme nommée Lysis arriva à Orthos. Lysis n’était pas courbée par l’âge, mais par une chaîne invisible qui tirait son dos vers la terre, l’obligeant à ne regarder que la poussière. Elle portait ce fardeau depuis si longtemps que les habitants d’Orthos avaient oublié qu’elle avait jamais pu se tenir droite.

II. Le Sabbat, la Corde et le Silence

Le hasard voulut que Lysis s’effondrât de fatigue un Jour du Parfait Repos, sur la place principale, juste devant le Cube de la Mesure.

À ce moment-là, arriva un voyageur, connu sous le nom de Solon, qui ne portait ni parchemin ni titre. Solon vit la femme, non comme une infraction à l’ordre public, mais comme une souffrance à soulager.

Sans un mot, Solon s’agenouilla. Il ne fit aucun geste médical, mais posa simplement ses mains sur les épaules de Lysis et prononça doucement : « Femme, le ciel ne veut pas que tu regardes la poussière. Relève-toi. »

Et la chaîne invisible se rompit. Lysis se redressa, lentement, les yeux remplis de larmes. Pour la première fois depuis vingt ans, elle vit le ciel, le soleil, et la face de l’homme qui l’avait libérée. Elle poussa un cri de joie et se mit à marcher, exultant.

III. L’Indignation et l’Acte d’Accusation

L’émoi fut de courte durée. Maître Thémis, sortant de la maison de l’Ordre, arriva, son visage aussi dur que le Cube de la Mesure.

Il ne vit pas la joie de Lysis, mais la transgression du Code.

— Arrêtez ! cria Thémis, s’adressant à la foule. Cet homme a commis une faute grave ! Il a travaillé en ce Jour du Parfait Repos ! Il a agir et changer le cours des choses, alors que le Cube exige l’immobilité et le respect de la Règle d’Or !

Puis, se tournant vers Solon, il déclara :

— Pourquoi as-tu violé l’Article 3, Alinéa 7, qui interdit toute action transformative en ce jour ? N’y avait-il pas six autres jours pour accomplir ton acte de… de bienfaisance ?

La foule, habituée à l’autorité de Thémis, commença à murmurer, partagée entre la joie d’une femme libérée et la peur de l’infraction.

IV. La Réponse de la Bête et de l’Homme

Solon, sans colère, répondit à Thémis :

— Dis-moi, Maître Scribe. Dans ta maison, si un chien, même le Jour du Parfait Repos, tombait dans un puits ou restait attaché par une corde qui l’étranglerait, ne le détacherais-tu pas pour le sauver ?

Thémis, confus, répondit : « Bien sûr ! La Loi elle-même autorise à délivrer une bête du danger, car la cruauté est un manquement plus grand que le travail. »

Solon sourit, un sourire de douceur et de sagesse :

— Alors, vous délivrez votre bête pour éviter la souffrance et respecter la vie. Et vous blâmez celui qui délivre une femme, une âme humaine, d’une souffrance de vingt ans ? La Loi est-elle faite pour servir la vie, ou pour l’emprisonner ? N’est-il pas le plus grand service que de redresser ce qui est courbé ?

La règle n’est qu’une mesure ; l’amour est l’essence. Si la mesure contraint l’essence de la vie, alors la mesure doit être brisée.

V. L’Héritage de la Question

Thémis, ébranlé, regarda le Cube de la Mesure, puis la femme, Lysis, qui se tenait debout et belle sous le soleil. Il comprit que l’obéissance aveugle l’avait rendu sourd au cri du vivant.

Ce jour-là, Solon fut libéré. Et si la Loi d’Orthos resta gravée, elle fut désormais lue avec un nouveau cœur. Les gens comprirent que la règle la plus importante n’était pas dans la pierre, mais dans l’élan qui fait se lever l’autre.

L’âme véritable de la Loi n’est pas le Code, mais la miséricorde qui ne supporte pas l’injustice d’une seule journée de plus.

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