L’ Evangile
« Le publicain redescendit dans sa maison ; c’est lui qui était devenu juste, plutôt que le pharisien » (Lc 18, 9-14)

Alléluia. Alléluia.
Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui :
il a mis dans notre bouche la parole de la réconciliation.
Alléluia. (cf. 2 Co 5, 19)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là,
à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes
et qui méprisaient les autres,
Jésus dit la parabole que voici :
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier.
L’un était pharisien,
et l’autre, publicain (c’est-à-dire un collecteur d’impôts).
Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même :
‘Mon Dieu, je te rends grâce
parce que je ne suis pas comme les autres hommes
– ils sont voleurs, injustes, adultères –,
ou encore comme ce publicain.
Je jeûne deux fois par semaine
et je verse le dixième de tout ce que je gagne.’
Le publicain, lui, se tenait à distance
et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel ;
mais il se frappait la poitrine, en disant :
‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’
Je vous le déclare :
quand ce dernier redescendit dans sa maison,
c’est lui qui était devenu un homme juste,
plutôt que l’autre.
Qui s’élève sera abaissé ;
qui s’abaisse sera élevé. »
Sa réflexion
Jésus raconte cette parabole à ceux qui « étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres » :
Cette parabole puissante nous confronte à la vraie nature de la prière et à l’attitude fondamentale que nous devrions avoir devant Dieu et devant les autres : l’humilité.
Le Piège de l’Auto-Justification
Le Pharisien (homme pieux et respectueux de la Loi) se trompe sur deux points majeurs :
- L’Orgueil spirituel : Sa prière est un catalogue de ses bonnes œuvres et de sa supériorité morale. Il ne demande rien à Dieu, il se félicite devant Dieu. Il a transformé la prière en un acte de performance.
- Le Mépris de l’Autre : Son action de grâce est directement liée à la dévalorisation d’autrui, notamment le Publicain. Son « je » est construit sur le « pas comme les autres ». Il se pose en juge plutôt qu’en humble créature.
Exemples concrets actuels :
- Sur les réseaux sociaux : La tentation de ne montrer que la face idéale de sa vie (carrières réussies, voyages, actes de charité mis en scène) tout en jugeant implicitement ou explicitement ceux qui ne correspondent pas à ces standards. On se met « debout » pour que le monde voie notre « justice ».
- Dans le milieu professionnel ou académique : Se vanter de ses succès ou de son éthique de travail tout en rabaissant subtilement (ou non) les collègues ou les concurrents, pensant que nos propres mérites nous rendent moralement supérieurs.
- Dans la vie quotidienne : Penser en soi-même : « Je suis écoresponsable, je ne jette rien, je ne suis pas comme ces gens qui polluent, » ou « Je donne de mon temps, je ne suis pas comme ces égoïstes, » en oubliant que la vraie justice ne se mesure pas à l’aune du voisin.
La Grâce de l’Humilité
Le Publicain (collecteur d’impôts, souvent considéré comme un collaborateur avec l’occupant romain et un extorqueur, donc un grand pécheur) est l’opposé :
- Reconnaissance de sa Pauvreté : Il se tient « à distance » et n’ose pas lever les yeux. Son seul cri est : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » C’est un acte de vérité et de confiance totale en la miséricorde divine, et non en ses propres mérites.
- Concentration sur Dieu : Il est entièrement tourné vers Dieu, reconnaissant que seul Dieu peut le justifier. Il ne juge personne, il se juge lui-même.
Exemples concrets actuels :
- Face à une erreur : Au lieu de se justifier ou de blâmer les autres après avoir commis une faute, le geste humble est d’admettre simplement : « J’ai commis une erreur. J’en suis désolé. J’ai besoin de recommencer/d’aide. » (Se frapper la poitrine).
- Dans les relations : Savoir reconnaître humblement nos torts et demander pardon sans conditions, au lieu de se sentir supérieur ou d’attendre que l’autre fasse le premier pas parce que « mes défauts sont moins graves que les siens ».
- Dans le service (bénévolat, aide) : Aider et servir discrètement, en sachant que nos actions ne sont pas parfaites et que le bénéficiaire a aussi sa dignité. On ne se sert pas du service pour se sentir meilleur que les autres.
Méditation : La Place du Cœur
L’enseignement final de Jésus est la clé de la vie spirituelle : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Cette parabole nous invite à une introspection profonde :
- Où est mon cœur quand je prie ou quand j’agis ? Est-ce pour mon propre éloge (Pharisien) ou est-ce un cri sincère vers le Créateur (Publicain) ? Est-ce que mes « bonnes actions » sont un moyen de me sentir meilleur, ou un acte d’amour désintéressé ?
- Quel regard ai-je sur mon prochain ? Est-ce un regard de jugement, d’aigreur ou de mépris ? Ou est-ce un regard de compassion et de solidarité entre pécheurs, sachant que nous sommes tous dépendants de la même grâce ?
L’humilité n’est pas de se dévaloriser, mais de marcher dans la vérité : je suis un être aimé et appelé à aimer, mais aussi faillible et dépendant de la miséricorde. C’est en reconnaissant honnêtement nos fragilités que nous pouvons nous ouvrir pleinement à l’amour et à la justice de Dieu, qui justifie non pas le parfait, mais celui qui s’abandonne.
Le Publicain est justifié parce qu’il n’avait plus rien d’autre que sa misère à offrir. Dans notre monde obsédé par la performance et la perfection, cet évangile nous rappelle que notre valeur n’est pas dans nos réussites, mais dans notre capacité à nous reconnaître simplement : aimés et pécheurs. 🙏

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