Dans la ville animée de Toujours-Demain, vivaient deux amis très différents : Léo, le fabricant de montres, et Théo, le marchand de légumes.

Léo l’Horloger était un génie du temps. Il ne manquait jamais une occasion d’analyser l’avenir. Quand un client lui demandait une réparation, Léo regardait le ciel, fronçait les sourcils et disait : « Vu le vent qui souffle, j’aurai une panne d’électricité dans trois jours. Je pourrai vous la rendre vendredi soir, pas avant. » Et il avait toujours raison. Il était infaillible pour prévoir le futur matériel.
Mais Léo avait un défaut : il remettait toujours à plus tard les vrais problèmes. Il était fâché avec son voisin, un vieux monsieur nommé Monsieur Cœur-Dur, pour une histoire de haie mal taillée. Léo se disait : « Je sais que je devrais m’excuser, mais le temps que je me prépare, que je trouve les bons mots… Allez, je le ferai demain. »
Théo le Marchand était simple. Sa boutique était juste une grande balance. Il était connu pour sa rigueur : il ne trichait jamais sur le poids, même d’un gramme. C’était sa loi : la justice au quotidien.
Un jour, Théo découvrit qu’il avait mal rendu la monnaie à une vieille dame la veille. Une petite erreur, pas grand-chose. Mais au lieu de se dire : « Elle ne s’en apercevra jamais », il ferma sa boutique au milieu de la journée, retrouva la dame et lui rendit la petite pièce manquante. Il disait : « Le poids juste est le chemin de la paix. Quand l’assiette est déséquilibrée, il faut la rééquilibrer tout de suite. »
Un soir, Léo travaillait tard. Il venait d’avoir une pensée : « Je me sens mal à propos de Monsieur Cœur-Dur. Cette fâcherie m’empoisonne la vie. Il faut que j’y aille. »
Il regarda sa montre, calcula le temps qu’il lui faudrait pour s’y rendre. Il regarda le ciel, nota l’heure et l’orientation des étoiles, et se dit : « Cœur-Dur dort déjà. Il va faire froid demain, il vaut mieux attendre l’après-midi, il sera de meilleure humeur. Je le ferai demain à 15h00, pas avant. »
Le lendemain matin, un événement terrible se produisit. Monsieur Cœur-Dur fut victime d’un accident soudain et transporté d’urgence très loin de la ville, sans possibilité de retour rapide.
Quand Léo apprit la nouvelle, il se sentit glacé. La querelle de la haie, le mot d’excuse qu’il avait préparé dans sa tête, tout restait en suspens. La balance de son cœur était déséquilibrée pour toujours, ou du moins pour très longtemps. Il avait si bien su lire le temps matériel (la panne, la météo), mais il avait raté le moment unique de la miséricorde.
Il alla trouver Théo, l’air sombre.
« Théo, tu avais raison sur la justice. J’ai raté mon seul moment. J’ai voulu remettre à demain le poids de mon cœur, mais demain est arrivé trop tard. »
Théo, en pesant une courgette, répondit doucement :
« Léo, tu es un champion pour lire l’heure sur la montre. Mais tu as oublié que dans les affaires du cœur et de la conscience, le cadran n’a qu’une seule aiguille : MAINTENANT. Quand l’injustice ou la rancune est là, il faut régler la dette avant de franchir le pas de la porte. C’est le seul moyen d’être en paix quand on rentre chez soi. »
À partir de ce jour, Léo changea son enseigne. Il y écrivit, non plus l’heure, mais cette phrase simple :
« L’heure juste pour la conversion et la justice, c’est celle qui sonne. »
La morale de ce conte, en lien avec l’urgence de la conversion et de la justice, est la suivante :
Ne remets jamais au lendemain la justice et la paix de ton cœur, car le temps d’agir, ce n’est pas le temps que tu prévois, mais le temps que Dieu te donne : c’est toujours maintenant.

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