Aujourd’hui, l’Évangile nous offre une petite histoire, une parabole, qui est un miroir très clair de nos attitudes d’aujourd’hui. Elle est simple, mais elle nous force à nous regarder en face.

Jésus nous parle de deux hommes qui montent au Temple pour prier : un Pharisien et un collecteur d’impôts (ou publicain).

Le Pharisien, un homme respectable, religieux, commence sa prière en disant à Dieu : « Je te remercie de ne pas être comme le reste des gens… » Il énumère ses bonnes actions (jeûnes, dîmes) et termine en méprisant les autres, surtout le collecteur d’impôts qui est juste à côté.

Imaginez cette scène aujourd’hui. C’est l’équivalent de quelqu’un qui se tient au milieu d’une assemblée, ou qui poste sur les réseaux sociaux :

  • « Je suis tellement reconnaissant de ne pas être comme ceux qui gaspillent leur argent, moi je fais des dons aux œuvres de charité. »
  • « Je suis content d’être si engagé dans l’Église, pas comme ces autres qui ne viennent que deux fois par an. »
  • « Merci Seigneur, de ne pas être comme ceux qui ne respectent rien ; moi, je suis moralement irréprochable et je trie mes déchets. »

Le problème de cette prière n’est pas qu’elle ment. Le Pharisien faisait probablement tout cela. Le problème, c’est l’orgueil qui s’est glissé dans sa gratitude. Sa prière n’est pas tournée vers Dieu, mais vers lui-même. Il a utilisé sa foi et ses bonnes actions pour s’élever au-dessus des autres et les mépriser. Il est tombé dans le piège de la comparaison.

L’autre homme, le collecteur d’impôts, c’était le paria de l’époque, le collaborateur avec l’occupant, le corrompu notoire. Lui, se tient à distance. Il n’ose même pas lever les yeux au ciel. Il se frappe la poitrine et dit une seule chose, simple et vraie : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis. »

Cet homme n’a rien à exhiber. Pas de liste de bonnes actions. Juste la reconnaissance honnête de sa misère. Et c’est justement lui qui rentre chez lui justifié, pardonné par Dieu.

Pourquoi ? Parce que Dieu ne regarde pas seulement ce que nous faisons, mais ce que nous sommes devant Lui.

  • Le Pharisien a dit : « Moi, je fais. » Il était plein de lui-même, et Dieu ne pouvait rien ajouter.
  • Le collecteur d’impôts a dit : « Toi, aie pitié. » Il s’est ouvert à la grâce, et Dieu a pu tout lui donner.

Que nous apprend cette parabole aujourd’hui ?

  1. Méfions-nous de l’orgueil spirituel : Dans notre monde où tout est performance et image, il est facile de penser qu’on est « meilleur » que les autres parce qu’on prie, qu’on milite pour une cause juste, ou qu’on est un « bon chrétien ». Si notre piété ou nos bonnes actions servent à juger ou à rabaisser les autres – ceux qui ne croient pas, ceux qui ne pensent pas comme nous, ceux qui font des erreurs – alors nous sommes dans l’attitude du Pharisien. La vraie foi ne gonfle pas l’égo ; elle le vide pour faire place à Dieu et à l’autre.
  2. L’authenticité est notre seule richesse : Le collecteur d’impôts ne s’est pas caché. Il s’est présenté tel qu’il était, dans sa fragilité et son besoin de pardon. C’est le chemin de l’humilité. L’humilité n’est pas se déprécier, c’est simplement se voir avec lucidité, accepter qu’on a besoin d’aide et de pardon, et faire confiance à la miséricorde de Dieu plus qu’à nos propres mérites.
  3. La place est toujours donnée, jamais prise : La conclusion de Jésus est radicale : « Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » Si vous vous donnez vous-même la meilleure place, le meilleur statut, Dieu vous relèguera. Si vous prenez la dernière place – celle de celui qui demande humblement pardon et ne se croit pas meilleur que les autres – c’est Dieu qui vous relèvera et vous donnera votre vraie dignité.

Aujourd’hui, demandons-nous : Quand je prie, est-ce que je me compare aux autres ? Est-ce que mon « Je te remercie » se transforme en « Je suis meilleur » ? Demandons la grâce de dire avec sincérité : « Mon Dieu, aie pitié de moi, pécheur. » C’est la prière la plus courte, la plus honnête, et c’est celle qui nous ouvre les portes du cœur de Dieu.

Laisser un commentaire