Le passage de Luc, souvent réduit à une simple injonction de « veiller », est en réalité un appel puissant à l’excellence dans la gestion de nos vies et de nos responsabilités, un manuel de management spirituel pour le chrétien d’aujourd’hui.

L’Éthique de l’Intendant dans le Monde Moderne
Jésus ne s’adresse pas aux oisifs ou aux rêveurs, mais à ceux qui ont des responsabilités : l’intendant, c’est le manager de l’époque. Il gère les biens, le personnel et la nourriture. Ce texte nous rappelle trois réalités concrètes et profondes :
1. L’Imprévisible et l’Urgence de la Qualité (v. 39-40)
L’image du voleur qui vient à l’improviste n’est pas là pour nous effrayer, mais pour nous recentrer. Le « retour du Fils de l’homme » représente l’instant où toute gestion prend fin – que ce soit la fin de notre vie ou un événement de rupture.
- Aujourd’hui : On est tenté de tout remettre à plus tard, de faire les choses à moitié parce qu’on se dit qu’on a le temps, qu’on « gèrera » le problème à la prochaine deadline. Le message est simple : fais ton job de chrétien avec la plus grande qualité, maintenant. Si tu es parent, aime bien. Si tu es collègue, sers bien. Si tu pries, fais-le avec attention. La vraie vigilance n’est pas de regarder par la fenêtre, mais de bien faire ce que l’on est en train de faire.
2. La Bénédiction du Serviteur Actif (v. 42-44)
L’intendant fidèle et sensé est celui qui distribue la nourriture en temps voulu. Sa récompense n’est pas de l’argent, mais une plus grande responsabilité : être établi sur tous les biens du Maître.
- Aujourd’hui : La foi n’est pas un refuge, c’est une mission de service concret. La « nourriture » que nous devons distribuer, ce sont les dons que nous avons reçus (le temps, l’argent, la foi, l’écoute, les compétences professionnelles). Si nous utilisons nos talents pour l’épanouissement des autres (nourrir, soutenir, encourager), non seulement nous accomplissons notre mission, mais nous nous préparons à une vie future où cette capacité de servir sera décuplée. L’action est le meilleur chemin vers la contemplation.
3. La Gravité de la Connaissance (v. 47-48)
C’est le point le plus aigu : « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup. » Ce verset est à la fois une mise en garde et une reconnaissance de notre valeur.
- La responsabilité des « privilégiés » : En tant que chrétiens, nous avons reçu la Révélation – la connaissance de l’amour de Dieu et de sa volonté. Nous savons ce qui est juste, vrai et bon. Cette connaissance de l’Évangile est le « beaucoup donné ». Par conséquent, notre négligence n’est pas une simple erreur ; c’est un manquement à une vocation connue.
- De la Grâce à la Charge : Avoir la foi n’est pas un passe-droit, c’est une charge immense. Cela signifie que nos actes de paresse, d’égoïsme, ou de cruauté (le serviteur infidèle se met à frapper) sont jugés plus sévèrement, non par colère divine, mais parce que nous agissons contre une lumière que nous possédons. La grâce nous a été donnée, non pour nous reposer, mais pour nous engager plus radicalement au service du Royaume.
Réflexion Concrète pour Ma Vie
Ce texte nous pousse à transformer notre façon de vivre.
| Domaine | Le Piège (L’intendant infidèle) | L’Action (L’intendant fidèle et sensé) |
| Mon Temps | Le perdre sur des distractions inutiles en me disant : « J’ai tout mon temps pour changer. » | Investir le temps dans ce qui est essentiel : le service, la relation, la formation, la prière, en vivant chaque jour comme s’il était le dernier. |
| Mes Biens / Argent | Accumuler sans partager, me focaliser sur mon propre confort (« manger, boire et s’enivrer »). | Distribuer la « ration de nourriture » : donner mon argent, mes ressources et mes compétences pour ceux qui en ont besoin, selon une gestion prudente et intentionnelle. |
| Mes Relations | Abuser de mon pouvoir, ignorer ou blesser ceux sous ma responsabilité (« frapper les serviteurs »). | Servir ceux qui me sont confiés (famille, collègues, amis) avec douceur, justice et amour, en étant un canal de vie et non de domination. |

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