La lucidité face à soi-même et face au pouvoir est un combat éternel. Le texte pointe deux maux universels qui gangrènent toute société et toute conscience individuelle : l’hypocrisie mémorielle et l’accaparement du savoir.

1. Le Prix du Prophète : Adorer le Passé, Tuer le Présent 🎭
L’être humain a une étrange tendance à sanctifier les révolutionnaires d’hier tout en combattant les critiques d’aujourd’hui.
Nous construisons des monuments aux penseurs, aux artistes, aux militants qui ont été rejetés, censurés, ou même éliminés en leur temps. Nous brandissons leurs citations sur les réseaux sociaux. Ce faisant, nous nous donnons bonne conscience : « Regardez comme nous sommes ouverts d’esprit ! Nous aimons la vérité et la justice ! »
L’Hypocrisie est là : En réalité, cet hommage aux morts sert souvent de bouclier pour ignorer les défis du présent.
- Si le penseur iconoclaste d’hier était vivant, il dirait des choses qui nous dérangeraient personnellement (sur notre consommation, nos préjugés, nos privilèges).
- En le figeant dans une statue, nous neutralisons sa puissance de critique. Nous célébrons l’idée de la vérité, mais nous refusons la vérité en acte, celle qui nous force à changer.
Question : Qui sont les voix « dérangeantes » (lanceurs d’alerte, artistes subversifs, critiques sociaux) que ma société ou que moi-même suis en train de marginaliser ou de ridiculiser ? Suis-je prêt à soutenir la critique vivante, ou est-ce que j’attends qu’elle soit dans un livre d’histoire pour l’applaudir ?
2. Le Jargon de l’Exclusion : La Connaissance comme Barrière 🔒
Les élites, qu’elles soient religieuses, politiques, scientifiques ou universitaires, ont une tentation fondamentale : celle de confisquer la « clé de la connaissance ».
La connaissance n’est pas seulement faite de faits, mais de méthodes d’interprétation et de clés de compréhension. Quand le pouvoir transforme ces clés en un jargon hermétique, en des règles complexes, ou en une expertise réservée à un petit cercle, il crée une barrière sociale.
- Le danger pour ceux qui détiennent le pouvoir : L’obsession pour la forme et le rite de l’érudition (le diplôme, le titre, le langage compliqué) mène à l’auto-aveuglement. À force de ne voir que la structure de la connaissance, ils en oublient sa substance (la sagesse pratique, le sens commun, la justice). Ils ne comprennent plus le monde réel, mais empêchent les autres, par leur arrogance intellectuelle, de le comprendre non plus.
- Le danger pour les autres : Les citoyens sont privés de l’accès direct à l’information essentielle pour prendre des décisions éclairées. Le savoir, au lieu d’être un outil d’émancipation, devient un instrument de domination et de confusion.
Question : Est-ce que j’utilise mon propre savoir (technique, professionnel, académique) pour simplifier et ouvrir le débat, ou pour impressionner et exclure ceux qui ne sont pas de mon cercle ? La véritable sagesse ne consiste-t-elle pas à rendre le complexe compréhensible ?
L’Impératif Humain : Choisir l’Authenticité
Vivre en conscience exige de briser ces deux hypocrisies :
- Assumer la radicalité de l’instant : Accueillir la critique quand elle est la plus cruelle et la plus actuelle.
- Démocratiser la lumière : Faire de la connaissance un pont et non une forteresse.
Notre humanité ne se juge pas sur les hommages rendus, mais sur la facilité d’accès à la vérité que nous offrons aux autres.

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