
Nous vivons à une époque fascinante et paradoxale. Jamais l’humanité n’a eu autant de moyens techniques, de savoirs scientifiques, de richesses accumulées. Et pourtant, jamais peut-être nous n’avons eu autant de mal à voir ceux qui sont à côté de nous. Nous savons ce qui se passe à l’autre bout du monde en temps réel, mais nous ignorons parfois ce qui se vit dans l’appartement voisin ou au coin de notre rue.
Le véritable danger de notre temps n’est pas seulement l’injustice ou la pauvreté, mais l’indifférence. Elle agit comme un anesthésiant : elle nous empêche de ressentir, d’être touchés, de réagir. Elle nous donne l’illusion de rester neutres, mais en réalité, elle nous rend complices de ce que nous laissons faire.
L’indifférence ne fait pas de bruit, mais elle détruit silencieusement. Elle creuse un fossé entre ceux qui ont et ceux qui manquent, entre ceux qui souffrent et ceux qui vivent dans l’abondance. Elle nous enferme chacun dans notre bulle, protégée par nos écrans, nos habitudes, nos peurs.
Or, nous avons tous à notre porte un “Lazare”, c’est-à-dire une personne en fragilité. Cela peut être le sans-abri qui dort sur le trottoir. Mais cela peut être aussi l’ami qui sourit en façade mais pleure en silence, le camarade de classe isolé, l’adulte fatigué que personne n’écoute, le voisin dont on ne connaît même pas le prénom.
Philosophiquement, on pourrait dire que l’indifférence est une négation de la réciprocité humaine. Elle refuse de reconnaître que l’autre, par sa seule existence, a un droit sur mon regard, sur mon écoute, sur mon respect. Choisir de ne pas voir, c’est réduire l’autre à une ombre. Mais réduire l’autre à une ombre, c’est aussi réduire une part de moi-même.
La véritable humanité se mesure dans notre capacité à nous laisser déranger par la souffrance d’autrui. Cela ne veut pas dire que nous pouvons résoudre tous les problèmes du monde, mais que nous pouvons poser des gestes à notre échelle : tendre la main, écouter, partager, dénoncer une injustice, accompagner une solitude. Ces gestes ne changent pas tout, mais ils changent déjà quelque chose.
La richesse matérielle peut donner du confort, mais elle ne donne pas de sens. Le vrai trésor, c’est le lien humain. C’est lui qui nous rend vivants. Tout ce que nous accumulons finit par disparaître ; tout ce que nous donnons reste inscrit dans la mémoire des cœurs et dans la construction d’une société plus juste.
Alors, la question essentielle est celle-ci : veux-tu vivre ta vie les yeux fermés ou les yeux ouverts ?
- Les yeux fermés, tu passes à côté des autres et donc à côté d’une partie de toi-même.
- Les yeux ouverts, tu découvres la joie de donner, la richesse de la solidarité, et tu participes à construire un monde plus humain.
👉 La vraie pauvreté n’est pas de manquer de biens, mais de manquer de liens.
👉 Le vrai drame n’est pas de souffrir, mais de souffrir seul.
👉 Le vrai danger n’est pas l’échec, mais l’indifférence.

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