Il était une fois, dans une ville si grande qu’on ne voyait jamais son ciel, un marchand nommé Élias. Élias ne vendait pas des vêtements ni des bijoux, mais des boussoles. Pas de simples boussoles qui indiquent le nord, non. Les siennes étaient uniques, car elles indiquaient le chemin vers l’essentiel.

Les gens venaient le voir par milliers, perdus dans le labyrinthe de leurs vies.
— Ma boussole ne pointe plus vers mon travail, dit un homme d’affaires, elle ne cesse d’indiquer le parc où j’étais enfant.
— La mienne s’affole, se plaignit une jeune femme, elle oscille entre ma maison et la mer.
Élias les écoutait attentivement, puis, avec un sourire, il leur expliquait : « Vos boussoles ne sont pas brisées. Elles vous montrent ce que vous avez oublié. L’essentiel n’est pas ce que vous cherchez à avoir, mais ce qui vous anime vraiment. »
Mais les gens ne l’écoutaient pas. Ils voulaient une boussole qui les mènerait à la richesse, à la célébrité ou à la réussite. Élias voyait leur détresse. Il décida alors de fermer sa boutique et de partir.
Il marcha des jours et des nuits, loin de l’agitation de la ville. Il se retrouva dans une forêt, au bord d’un ruisseau. Là, il s’assit et sortit sa propre boussole. Elle ne pointait nulle part. Elle était immobile, comme si elle était cassée.
Élias, le maître des boussoles, était perdu.
Un vieil ermite, qui vivait au fond des bois, l’observa un moment.
— Votre boussole est en parfait état, dit le vieil homme. Elle ne pointe nulle part parce que vous êtes déjà là où vous devez être. L’essentiel n’est pas un lieu à atteindre, mais un état à vivre.
Élias comprit alors. La boussole ne lui indiquait pas une destination extérieure, mais l’appelait à l’intérieur de lui-même. Il avait passé sa vie à vendre des instruments pour que les autres trouvent leur chemin, sans comprendre que le sien était déjà en lui.
Il ne retourna jamais en ville. Il resta dans la forêt, où il apprit à vivre avec le chant des oiseaux et le murmure du vent. Il n’avait plus besoin de boussole. Il avait tout l’essentiel qu’il lui fallait.
Et quand des voyageurs perdus passaient par là, il ne leur vendait plus de boussole. Il les regardait dans les yeux et leur disait : « L’essentiel n’est pas un lieu où aller, mais une manière d’être. »
Réflexion
Ce conte nous rappelle que, dans nos vies frénétiques, nous passons notre temps à chercher le prochain but à atteindre, la prochaine possession à acquérir, le prochain statut à obtenir. Mais si nous nous arrêtions un instant, nous découvririons peut-être que l’essentiel est déjà en nous. Il se trouve dans les moments simples : le rire d’un enfant, le soleil sur notre visage, un moment de calme. Vivre l’essentiel, c’est se détacher du bruit pour écouter la petite voix à l’intérieur de nous qui nous dit : « C’est ici, maintenant. »

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