Dans un royaume lointain, vivait un homme que tous appelaient Coran. Sa réputation n’était plus à faire. Il était le plus courageux de tous, le dernier recours face au danger. On disait de lui qu’il ne connaissait pas la peur, qu’elle était une émotion étrangère à son âme. Il avait affronté des dragons cracheurs de feu, sauvé des enfants des griffes de bêtes sauvages et bravé des tempêtes en mer comme si le soleil brillait.

Mais la nuit, quand le silence enveloppait le village, Coran retirait son armure et se retrouvait seul avec sa vérité. Dans l’ombre de sa hutte, il n’était plus le héros que tous idolâtraient, mais un homme assailli par ses propres démons. Ses peurs prenaient la forme de créatures minuscules et silencieuses. Elles chuchotaient à ses oreilles, lui rappelant chaque pas de travers, chaque instant de doute.
L’une, la plus insistante, était la peur du ridicule. Elle lui soufflait que son courage n’était qu’un rôle, une mascarade. Une autre, la peur de l’échec, lui rappelait qu’un jour, il ne serait pas à la hauteur et que sa légende s’effondrerait. Et il y avait la plus sournoise de toutes, la peur de l’oubli, qui lui disait que sa vie n’était que du vent, que ses exploits seraient effacés par le temps.
Un jour, une épreuve plus grande que toutes les autres se présenta. Un sortilège avait plongé le soleil dans les ténèbres, menaçant le royaume de disparaître à jamais. Seul un homme au cœur pur pouvait affronter l’énigme du Sombre Miroir.
Tous les yeux se tournèrent vers Coran. Il hocha la tête, digne, mais en lui, ses peurs dansaient une folle sarabande. Cette fois, il ne s’agissait pas de force physique, mais d’une quête de son âme.
Sur le chemin, il faillit rebrousser chemin mille fois. Chaque chuchotement de ses peurs résonnait comme un cri. Au lieu de les ignorer, il se mit à leur parler. « Oui, » murmura-t-il à la peur du ridicule, « je suis peut-être ridicule, mais je vais avancer quand même. » « Oui, » dit-il à la peur de l’échec, « je vais peut-être échouer, mais je ne peux pas laisser le royaume dans l’obscurité. » « Oui, » admit-il à la peur de l’oubli, « on m’oubliera sûrement, mais cela ne m’empêchera pas de faire ce qui est juste. »
Quand il arriva devant le Sombre Miroir, il vit son reflet non pas en tant que héros, mais en tant qu’homme terrifié. La peur du ridicule était un rire moqueur, la peur de l’échec un gouffre sans fond, et la peur de l’oubli un voile qui effaçait ses traits.
Le Miroir lui demanda : « Qui es-tu, voyageur? »
Coran répondit, la voix brisée mais ferme : « Je suis Coran. Je suis l’homme que l’on appelle courageux. Mais je suis aussi l’homme qui a peur du ridicule, qui craint l’échec et qui redoute l’oubli. Je ne suis pas sans peurs, mais je suis ici quand même. »
À cet instant, un rayon de lumière jaillit du Miroir, chassant les ténèbres et ramenant le soleil. Le sortilège était brisé. Le Miroir avait reconnu en lui une vérité profonde : le courage n’est pas l’absence de peur, mais la volonté d’agir en sa présence.
Le peuple acclama Coran. Il était toujours leur héros. Mais lui, il savait qu’il n’était pas un homme sans peurs. Il était l’homme qui les regardait en face, les acceptait, et continuait d’avancer. Et c’est cela qui faisait de lui un être véritablement courageux.

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