
Il était une fois, au cœur d’un royaume où les aiguilles des horloges semblaient ne jamais s’arrêter, un petit village nommé Serenbourg. Les habitants de Serenbourg étaient réputés pour leur sérieux. Chaque jour était une succession de tâches : labourer les champs, tisser les habits, construire des maisons. Le travail était leur seule prière, la productivité, leur seul credo. Le rire était rare, et le jeu, une perte de temps absurde.
Au-delà de leurs champs, s’étendait la Forêt Murmurante, un lieu mystérieux où aucune âme de Serenbourg n’avait jamais osé s’aventurer. On racontait que la forêt était habitée par des êtres étranges et joyeux qui passaient leurs journées à chanter et à danser. Le maire de Serenbourg, un homme à l’air grave et au visage buriné par l’effort, avait décrété que la forêt était un lieu de frivolité dangereuse.
Un jour, la petite Élise, la fille du forgeron, trouva un jour une étrange plume, d’un bleu électrique, à la lisière de la forêt. Le soir, elle la posa sur sa table de chevet. Au milieu de la nuit, la plume se mit à vibrer, puis à briller. Une mélodie douce et enjouée en émana, et Élise se sentit soudainement transportée. Elle se retrouva dans une clairière, entourée de créatures minuscules et lumineuses, les Ludins. Ces êtres, faits de lumière et de rire, l’invitèrent à jouer avec eux.
Élise, d’abord hésitante, se laissa prendre au jeu. Elle courut, rit et sauta. Le temps perdit son sens. Elle découvrit le plaisir de faire de simples bulles de savon qui s’envolaient dans le ciel, de construire des châteaux de sable sans but précis et d’inventer des histoires où les dragons étaient des amis.
Quand elle rentra, le soleil se levait. Elle se sentait différente, plus légère. Un sourire, qu’elle ne connaissait pas, illumina son visage. Le forgeron, son père, remarqua ce changement. Intrigé, il demanda ce qui s’était passé. Élise lui expliqua tout, de la plume aux Ludins. Le forgeron, d’abord sceptique, commença à s’inquiéter de la fatigue grandissante de ses concitoyens. Les visages étaient las, les esprits aigris.
Il se mit à suivre sa fille. Il la vit rire, jouer, et soudain, il comprit. Le travail sans joie était un fardeau, et la vie sans amusement était un fardeau encore plus lourd. Il prit une décision courageuse. Il réunit tous les habitants sur la place du village et leur raconta l’histoire d’Élise et des Ludins. Il leur proposa de faire une chose absurde : cesser de travailler pendant une journée entière et explorer la Forêt Murmurante.
Les habitants, d’abord choqués, finirent par accepter. Ils suivirent Élise et le forgeron dans la forêt, où ils rencontrèrent les Ludins. Ils jouèrent, rirent et chantèrent pour la première fois de leur vie. Ils découvrirent la liberté de ne rien faire, d’être simplement là, de s’amuser.
Le lendemain, les habitants de Serenbourg se réveillèrent transformés. Ils travaillèrent toujours dur, mais leur cœur n’était plus vide. Ils avaient compris que le travail est important, mais que la joie l’est tout autant. Chaque semaine, ils s’accordèrent désormais un après-midi de jeu, un moment où l’horloge était mise de côté et où le rire prenait le dessus. Le village, autrefois silencieux, résonna désormais du son des rires et des chansons. Et c’est ainsi que les habitants de Serenbourg apprirent que la vie, pour être pleine, a besoin de moments de folie, de rires et de jeux.

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