Nous avons tous, en nous, un scénario de vie. C’est un plan, une série d’étapes que nous imaginons suivre : une carrière réussie, des relations durables, une santé de fer, un avenir sans accroc. Dans ce scénario, nous nous sentons en sécurité. Et puis, il y a la scène que nous avons barrée d’un grand « X », celle que nous ne voulons pas jouer. Le moment où tout s’arrête, où une mauvaise nouvelle tombe, où l’on se retrouve face à ce que l’on craignait le plus. C’est le grand « tout mais pas ça ».

Ce « ça », c’est le diagnostic inattendu, la fin d’une histoire d’amour que l’on croyait éternelle, la faillite d’un projet, la trahison d’un ami. C’est le mur qui se dresse soudainement sur notre chemin, alors que nous étions lancés à pleine vitesse. Notre première réaction est de protester, de crier au monde entier, à la vie, que ce n’est pas juste. On essaye de négocier, de trouver une faille, un moyen de revenir en arrière, de faire disparaître cette réalité insupportable.

Mais le mur, lui, ne bouge pas.

Et c’est dans ce moment de confrontation, quand le « tout mais pas ça » devient « c’est bien ça », que commence une autre partie de l’histoire. Une partie qui ne figure dans aucun de nos scénarios. Il faut alors faire le deuil de la vie qu’on s’était imaginée et apprendre à vivre avec la réalité qui s’impose. C’est un processus douloureux, fait de renoncements et de moments de découragement.

Cependant, c’est aussi là que se trouve la profondeur de l’expérience humaine. Car c’est souvent ce que nous craignons le plus qui nous révèle notre plus grande force. Le mur que nous avons percuté ne se détruit pas, mais il nous force à trouver un autre chemin. Il nous apprend que la vie n’est pas une ligne droite, mais une succession de détours et de rebondissements. Il nous pousse à développer des ressources insoupçonnées : la résilience, la compassion pour les autres qui vivent leurs propres « tout mais pas ça », et une gratitude plus sincère pour les petits bonheurs qui nous entourent.

Finalement, il ne s’agit pas de trouver un sens à la douleur ou de prétendre que ce « ça » est une bonne chose. Il s’agit simplement d’accepter que la vie est plus grande que nos plans. Elle est faite d’ombre et de lumière, de murs et de chemins inattendus. Et la véritable liberté ne réside pas dans l’absence de ces murs, mais dans notre capacité à les affronter, à les contourner et à continuer d’avancer, même avec un cœur meurtri.

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