Il était une fois, au cœur d’une vallée verdoyante, une cité prospère nommée Harmonia. Ses habitants, unis et joyeux, vivaient en paix. Chaque personne possédait un talent unique, une couleur spéciale qui illuminait la ville.

Il y avait Léo, le sculpteur, dont les mains faisaient naître des formes sublimes dans le bois et la pierre. Ses statues ornaient les jardins publics, rappelant à tous la beauté de la nature. Il y avait aussi Maya, la musicienne, dont les mélodies légères flottaient dans les rues, apaisant les cœurs les plus tourmentés. Ses chansons racontaient les histoires de la cité, ses joies et ses peines.

Mais un jour, un étranger arriva. Il s’appelait Éric. Il était charpentier, comme Léo, mais il n’avait jamais cherché à faire de son travail une œuvre d’art. Il construisait ses meubles et ses maisons avec efficacité, mais sans passion. En voyant le travail de Léo, il sentit une pointe de jalousie. « À quoi bon faire tout cela ? » se disait-il. « Les gens ont juste besoin de meubles solides. Tout ce travail est inutile. »

Peu à peu, les paroles d’Éric commencèrent à s’infiltrer dans l’esprit des habitants. Certains se mirent à se demander si leur talent était réellement utile. La couturière arrêta de broder des motifs colorés sur les vêtements, le boulanger ne fit plus de pain en forme de cœur, et la jardinière cessa de planter des fleurs rares.

La cité perdit sa joie, ses couleurs et ses mélodies. Les statues s’effacèrent sous la pluie, les chansons cessèrent de résonner, et les rues, autrefois vibrantes, devinrent ternes et silencieuses.


Un soir, Éric, seul dans sa maison, se rendit compte que quelque chose n’allait pas. Le silence de la ville était pesant, et la tristesse avait remplacé la joie. Il se sentit plus seul que jamais. En pensant à Léo, il comprit qu’il avait eu tort. Le talent n’était pas un simple outil, c’était une partie de soi qui devait être offerte aux autres. Il se leva et commença à sculpter une petite statue en bois. Ce n’était pas parfait, mais il l’avait fait avec son cœur. Le lendemain matin, il la déposa sur la place publique.

En voyant ce geste, Léo, Maya et les autres habitants de la cité comprirent que leurs talents étaient précieux. Ils se mirent à les partager à nouveau, à s’inspirer les uns des autres. La cité retrouva peu à peu ses couleurs, ses chansons, et son harmonie. Éric, lui, ne devint jamais le plus grand sculpteur, mais il trouva la joie en faisant de son mieux pour les autres, en utilisant son propre talent pour embellir le monde.

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