Dans un petit village niché au creux d’une vallée, vivait une vieille dame nommée Rosalie. Elle avait les cheveux de la couleur du brouillard matinal et des mains aussi ridées que les écorces d’un vieux chêne. Mais ses yeux, oh ses yeux ! Ils brillaient comme des étoiles.

Rosalie vivait seule, et la vie n’avait pas toujours été tendre avec elle. Elle avait connu la perte, la solitude, et les lourds silences de l’hiver. Pourtant, chaque matin, elle se levait avec une mission : elle allait cueillir le soleil.
Non pas le grand astre qui illuminait le ciel, mais de petites parcelles de lumière qu’elle trouvait dans les cœurs des autres. Elle avait le don de voir les petites bontés oubliées : le sourire d’un boulanger qui offrait un pain chaud à un enfant, le geste d’une jeune fille qui aidait une voisine à porter ses courses, le rire d’un vieux couple assis sur un banc.
Chaque fois qu’elle voyait une de ces étincelles, elle la recueillait précieusement dans un petit sac de lin. De retour chez elle, elle les posait délicatement sur une grande toile noire, tendue dans son salon. Au fil des jours, la toile se remplissait de points lumineux, de petites touches de clarté. C’était son ciel étoilé, son tableau de l’humanité.
Un jour, un jeune homme arriva au village. Il s’appelait Léo. Il était brisé par la vie, le cœur rempli de rancœur et les yeux aussi vides qu’un ciel sans lune. Il riait des gens, des efforts inutiles, des espoirs naïfs. Il avait oublié la beauté du monde.
Rosalie le rencontra sur le chemin. Elle ne lui dit rien, mais son regard le transperça. Elle ne voyait pas sa colère, elle voyait l’étincelle qui était enfouie au plus profond de lui. Une étincelle qu’il avait lui-même oubliée.
Chaque jour, Léo observait Rosalie, intrigué. Il la voyait sourire, parler à tout le monde, et revenir chez elle avec son sac de lin. Un soir, il ne put résister. Il frappa à sa porte.
— Que faites-vous avec ce sac, vieille femme ? demanda-t-il avec sa voix éteinte.
Rosalie ne répondit pas, elle l’invita simplement à entrer. Elle le conduisit dans son salon, où Léo vit la toile. Des milliers de points lumineux scintillaient, formant un tableau merveilleux, une galaxie d’amour et de bonté.
— Ce sont des étoiles, répondit Rosalie, des étoiles que j’ai cueillies dans vos cœurs. Celle-ci, c’est le sourire du boulanger. Celle-là, c’est l’aide de la jeune fille. Et celle-ci, tout au centre… c’est la vôtre.
Léo, confus, fronça les sourcils.
— La mienne ? Mais je ne vois rien. Je ne fais rien de bon.
Rosalie pointa un petit point, à peine visible, mais d’une clarté incroyable.
— Vous ne vous en souvenez pas ? C’est le jour où vous avez souri à un oiseau blessé sur le chemin. Un petit sourire, un simple moment de compassion. C’était il y a longtemps, mais il est toujours là.
En voyant son cœur, son étincelle, sur la toile, les yeux de Léo s’humidifièrent. La rancœur qui l’avait habité si longtemps commença à se fissurer. Il comprit que l’amour pour l’autre, ce n’était pas de grands gestes spectaculaires. C’était la capacité de voir, de reconnaître et de chérir les petites étincelles de bonté qui sommeillent en chacun. C’est l’amour qui rend le monde plus lumineux.
À partir de ce jour, Léo commença à cueillir ses propres étoiles. Et chaque fois qu’il en trouvait une, il la donnait à Rosalie. Et la toile, de plus en plus grande, devint un ciel infini où les étoiles de l’humanité brillaient pour toujours.

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