Il était une fois, dans une ville où les horloges régnaient en maîtres, un horloger du nom d’Elias. Sa boutique, la plus célèbre de toutes, abritait des mécanismes d’une complexité et d’une beauté rares. Mais Elias, lui, était un homme d’une rigueur inflexible. Son cœur, disait-on, était comme les cristaux de ses plus belles montres : pur, transparent, mais d’une froideur parfaite. Il ne laissait ni la joie ni la tristesse des autres s’y aventurer, de peur de dérégler sa propre existence. Pour lui, la vie était un mécanisme précis, et les émotions, de simples complications superflues.

Un jour, une jeune fille aux yeux clairs, nommée Luna, entra dans son atelier. Elle ne venait pas pour une montre, mais pour son ours en peluche, dont le cœur mécanique s’était brisé. « Elias, murmura-t-elle, le cœur de mon ours ne bat plus. Il ne sourit plus quand je le serre contre moi. »

Elias, agacé par cette requête infantile, la renvoya. Mais quelque chose dans les yeux de Luna, un mélange de tristesse et d’espoir, le troubla. La nuit, le silence de l’atelier, d’habitude si apaisant, se fit pesant. Il entendit le tic-tac de ses horloges, mais il lui sembla percevoir un autre son, un battement irrégulier, lointain. Le lendemain, il retrouva Luna assise sur le seuil de sa porte. Elle ne pleurait pas, elle regardait simplement la rue, le visage fermé.

Elias la fit entrer et prit l’ours. Le cœur brisé n’était qu’un simple ressort tordu. Il le répara en un instant. Mais au lieu de le remettre à Luna, il décida de lui offrir une petite amélioration. Il prit un de ses plus beaux cristaux et le plaça dans la poitrine de l’ours. Ce cristal, il le scella avec un fragment d’une de ses propres horloges, un petit rouage d’acier qui, disait-il, « donnait du courage ».

Quand Luna serra l’ours contre elle, le cœur de cristal se mit à scintiller. C’était un battement doux et régulier, qui semblait refléter la joie qui venait de naître en elle. La jeune fille, radieuse, partit en le remerciant.

Les jours qui suivirent, Elias se sentit étrangement léger. Il lui semblait que les battements de l’ours de Luna résonnaient en lui. Il ne se sentait plus comme une horloge solitaire, mais comme le rouage d’un mécanisme plus vaste. Il commença à écouter les histoires des gens qui venaient réparer leurs montres, à sourire aux enfants qui passaient devant sa vitrine. Il comprit que le véritable chef-d’œuvre n’était pas un mécanisme d’une précision parfaite, mais un cœur capable d’accueillir les joies et les peines des autres. Son cœur de cristal, jadis fermé, s’ouvrit et commença à battre au rythme du monde. Et c’est alors qu’il comprit que la vie n’était pas une simple mesure du temps, mais la somme de tous les battements de cœur qu’on avait su accueillir en soi.

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