On passe notre vie à chercher l’extraordinaire. On rêve de voyages lointains, d’aventures spectaculaires, de moments de grâce dignes d’un film. On s’imagine des carrières fulgurantes, des rencontres qui changent tout, des événements qui marquent un « avant » et un « après ». L’ordinaire, lui, on le perçoit souvent comme un ennemi, une routine ennuyeuse qu’il faut fuir. Le trajet quotidien en voiture, le café du matin, la pile de linge à plier, les mails qui s’accumulent… tout ça, c’est l’ordinaire. Et on a tendance à y voir le manque, l’absence de ce qui nous fait vibrer.

Et si on avait tout faux ? Et si l’extraordinaire ne se cachait pas ailleurs, mais juste là, sous nos yeux, dans ce quotidien qu’on dédaigne ?
Prenez le temps d’observer. La lumière du matin qui filtre à travers les stores, et qui dessine des formes changeantes sur le parquet. Le rire d’un enfant qui éclate soudain dans la rue. Le goût d’une tomate mûre cueillie dans un potager, ou l’odeur du pain grillé. La main de votre partenaire qui se pose sur votre épaule sans raison, juste pour un contact. Ces petits moments, on les balaye d’un revers de la main parce qu’ils ne sont pas un feu d’artifice. Ils sont simples, sans prétention. Mais c’est justement là que réside leur puissance.
L’extraordinaire, c’est peut-être la capacité de s’émerveiller de ces choses-là. C’est l’art de voir le sacré dans le profane. C’est comprendre que chaque instant est unique, même s’il ressemble en apparence à des milliers d’autres. Votre trajet pour aller au travail, il n’arrivera plus jamais de la même façon. Le ciel n’aura plus la même couleur, les mêmes nuages. La personne à côté de vous dans le bus ne sera plus la même. On vit dans une succession de moments irremplaçables, et on ne s’en rend même pas compte.
Se focaliser sur l’ordinaire, c’est aussi se concentrer sur ce qui nous construit vraiment. Les grandes aventures, les moments de gloire, c’est de l’éclat, du clinquant. Mais ce qui nous forge, ce qui fait de nous qui nous sommes, ce sont les choix quotidiens. La patience qu’on a avec un collègue difficile. Le courage de s’excuser. La force de se lever un matin où tout nous pèse. Ce sont ces petits combats et ces petites victoires qui tissent la trame de notre vie.
L’extraordinaire dans l’ordinaire, c’est l’humilité de reconnaître que la vie est faite de petites touches, pas de grands coups de pinceau. C’est accepter que le bonheur n’est pas une destination lointaine, mais une somme de petits instants de gratitude. C’est changer notre regard sur le monde qui nous entoure, pour y voir non pas ce qui manque, mais tout ce qui est déjà là.
Et si le plus grand acte de rébellion contre la routine, c’était de l’embrasser et d’y chercher la beauté ? C’est peut-être le plus grand défi de notre époque, obsédée par la performance et l’exceptionnel : trouver notre propre magie dans le quotidien.

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