Dans un village niché au creux d’une vallée verdoyante vivait un jeune tisserand du nom de Gribouille. Gribouille n’était pas son vrai nom, mais c’est ainsi que tout le monde l’appelait car, comme le dicton le dit si bien, il ne fallait jamais s’attendre à ce qu’il ne se trompe pas. Ses mains, bien que d’une agilité extraordinaire avec les fils, étaient aussi douées pour les catastrophes que pour la création.

Un matin, le maire du village lui confia une tâche d’une importance capitale : tisser un tapis pour la fête du Soleil, un événement qui n’avait lieu qu’une fois par décennie. Ce tapis devait être d’une seule couleur, un rouge flamboyant, symbole de la chaleur et de la vie. Gribouille, fier de cette responsabilité, se lança dans l’ouvrage avec une énergie sans pareille.

Jour après jour, il tissait, un fil rouge après l’autre. Le tapis prenait forme, immense et magnifique. Mais un soir, alors qu’il était exténué, Gribouille s’endormit sur son métier. Dans son sommeil, ses mains, fidèles à leur réputation, saisirent un fil de laine verte et l’incorporèrent au tissu. Lorsqu’il se réveilla, la lumière du matin révéla la catastrophe : une ligne d’un vert criard tranchait au milieu du tapis rouge.

Gribouille, désespéré, voulut tout jeter. Il avait échoué, la fête serait gâchée par son erreur. Mais son grand-père, un vieux sage du village, s’approcha de lui. « Ne vois-tu pas, mon enfant, que cette erreur est une invitation ? » lui dit-il. « Il n’y a pas d’erreur, il n’y a que des opportunités pour créer quelque chose de nouveau. Une erreur est un signe, elle nous montre que la vie n’est pas une ligne droite et monotone, mais un chemin parsemé de surprises. »

D’abord incrédule, Gribouille regarda le tapis. Cette ligne verte, qui lui avait paru si laide, se mit à lui parler. Il la voyait comme une rivière qui traversait une terre rouge. Il se mit alors à tisser non pas un, mais trois nouveaux fils de couleur. Il ajouta un fil bleu pour le ciel, un fil jaune pour le soleil, et un fil blanc pour les nuages. L’erreur de la ligne verte était devenue le point de départ d’une œuvre d’art exceptionnelle.

Le jour de la fête du Soleil, le tapis fut déployé. Les villageois, éblouis, n’avaient jamais vu une telle beauté. Gribouille, qui avait appris que l’erreur n’est pas une fin, mais un commencement, sourit. Il avait compris qu’on ne grandit pas en évitant les erreurs, mais en apprenant d’elles. Il n’était plus Gribouille le maladroit, mais Gribouille l’artiste, celui qui avait transformé une faute en chef-d’œuvre.

Laisser un commentaire