L’Evangile

« Ma coupe, vous la boirez » (Mt 20, 20-28)

Alléluia. Alléluia.
C’est moi qui vous ai choisis du milieu du monde,
afin que vous alliez, que vous portiez du fruit,
et que votre fruit demeure, dit le Seigneur.
Alléluia. (cf. Jn 15, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
    la mère de Jacques et de Jean, fils de Zébédée,
s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean,
et elle se prosterna pour lui faire une demande.
    Jésus lui dit :
« Que veux-tu ? »
Elle répondit :
« Ordonne que mes deux fils que voici
siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche,
dans ton Royaume. »
    Jésus répondit :
« Vous ne savez pas ce que vous demandez.
Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? »
Ils lui disent :
« Nous le pouvons. »
    Il leur dit :
« Ma coupe, vous la boirez ;
quant à siéger à ma droite et à ma gauche,
ce n’est pas à moi de l’accorder ;
il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »
    Les dix autres, qui avaient entendu,
s’indignèrent contre les deux frères.
    Jésus les appela et dit :
« Vous le savez :
les chefs des nations les commandent en maîtres,
et les grands font sentir leur pouvoir.
    Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi :
celui qui veut devenir grand parmi vous
sera votre serviteur ;
    et celui qui veut être parmi vous le premier
sera votre esclave.
    Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi,
mais pour servir,
et donner sa vie en rançon pour la multitude. »

Sa réflexion

Le Pouvoir et le Service dans le Monde d’Aujourd’hui

L’épisode rapporté par Matthieu (20, 20-28) met en scène la mère des fils de Zébédée (Jacques et Jean) qui sollicite pour ses enfants les places d’honneur auprès de Jésus dans son Royaume. Cette demande, empreinte d’une ambition toute humaine, provoque l’indignation des autres disciples. La réponse de Jésus est un pivot central : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles, et que les grands exercent sur elles leur pouvoir. Il n’en sera pas ainsi parmi vous. Au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui voudra être le premier parmi vous sera votre esclave. » (Mt 20, 25-27).

Cet Évangile, écrit il y a deux millénaires, résonne avec une acuité particulière dans le monde d’aujourd’hui. Nous vivons dans des sociétés où la quête de pouvoir, de reconnaissance et de succès est souvent érigée en idéal. Les réseaux sociaux exacerbent cette tendance, offrant des plateformes où chacun peut tenter de se « mettre en avant », d’accumuler des « likes » et des « followers », mesurant sa valeur à l’aune d’une visibilité et d’une influence souvent superficielles. Les carrières professionnelles sont souvent orientées vers la progression hiérarchique, l’obtention de titres prestigieux, la rémunération élevée – autant de marqueurs d’une forme de « domination » ou de « grandeur » selon les critères mondains.

L’actualité regorge d’exemples de cette soif de pouvoir. En politique, les luttes pour l’influence, les stratégies pour s’accaparer les postes clés sont monnaie courante. Dans le monde des affaires, la compétition est féroce, et la réussite est souvent associée à la capacité de « dominer » son marché, d’écraser la concurrence. Même dans nos relations interpersonnelles, il peut y avoir des dynamiques de pouvoir, où l’on cherche à imposer son point de vue, à avoir le dernier mot, à être celui qui « décide ».

Jésus ne condamne pas l’ambition en soi, mais il en reconfigure radicalement le sens. Il ne s’agit plus de « dominer » ou d’ »exercer un pouvoir », mais de « servir » et d’ »être esclave ». C’est un renversement total des valeurs. Pour être grand dans le Royaume de Dieu, il faut s’abaisser, se mettre au service des autres, même des plus petits, des plus vulnérables. C’est la figure du « serviteur » qui est valorisée, celle de celui qui donne sa vie pour les autres, à l’image du Fils de l’Homme qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28).

Dans notre monde individualiste, où l’on nous pousse à « penser à soi d’abord », à « maximiser ses propres intérêts », le message de Jésus est une provocation. Il nous invite à une révolution intérieure : passer de la logique de la domination à celle du don de soi. C’est un appel à l’humilité, à l’empathie, à la solidarité. C’est reconnaître que la véritable grandeur ne réside pas dans ce que l’on accumule, mais dans ce que l’on donne ; non pas dans la reconnaissance que l’on reçoit, mais dans le service désintéressé que l’on offre.

Comment vivre cela concrètement aujourd’hui ? C’est peut-être choisir d’écouter plutôt que de vouloir convaincre à tout prix ; c’est prendre le temps d’aider un voisin, un collègue ; c’est s’engager bénévolement pour une cause qui nous dépasse ; c’est privilégier la collaboration plutôt que la compétition ; c’est renoncer à des positions de pouvoir pour un service plus humble mais plus authentique. C’est finalement chercher la joie non pas dans le prestige, mais dans le don de soi, source d’une véritable plénitude.


Méditation : L’Humilité comme Chemin de Plénitude

Je me plonge dans les paroles de Jésus : « Il n’en sera pas ainsi parmi vous. Au contraire, celui qui voudra devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui voudra être le premier parmi vous sera votre esclave. »

Je ressens en moi cette tension, cette dualité. D’un côté, l’attrait pour le succès, la reconnaissance, la « grandeur » que le monde me propose. Je pense à ces moments où j’ai cherché à briller, à être applaudi, à prouver ma valeur aux yeux des autres. Je me souviens de l’amertume quand mes efforts n’étaient pas reconnus, ou de l’orgueil subtil quand ils l’étaient.

De l’autre côté, la voix de Jésus me chuchote une autre voie. Une voie qui me semble à contre-courant. Être serviteur. Être esclave. Ces mots me bousculent. Ils évoquent la petitesse, la soumission, l’effacement. Est-ce là le chemin de la véritable grandeur ?

Je me représente la scène : la mère des fils de Zébédée, pleine de bonnes intentions pour ses enfants, mais piégée par une vision terrestre du pouvoir. Et les disciples, jaloux, indignés, eux aussi prisonniers de la même logique. Nous sommes si souvent comme eux. Nous aspirons à des places, à des titres, à une visibilité.

Jésus, avec une douceur ferme, déconstruit cette pyramide inversée. Il ne dit pas que l’ambition est mauvaise, mais que son orientation doit être radicalement transformée. Ce n’est plus « pour moi » mais « pour les autres ». Ce n’est plus « recevoir » mais « donner ».

Je me questionne : Dans ma vie quotidienne, quelles sont les occasions où je peux choisir d’être serviteur ? Dans ma famille, est-ce que je me mets au service des besoins de mes proches, ou est-ce que j’attends d’être servi ? Dans mon travail, est-ce que je cherche la collaboration et l’aide mutuelle, ou est-ce que je me positionne en concurrent ? Dans mes interactions sociales, est-ce que j’écoute vraiment l’autre, ou est-ce que je cherche à imposer ma voix ?

La réponse de Jésus n’est pas une simple formule morale ; c’est un appel à l’incarnation. Il ne se contente pas de dire ce qu’il faut faire, il le vit. « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. » C’est le don suprême, le sacrifice total.

Je médite sur ce don de soi. Qu’est-ce que je suis prêt à donner aujourd’hui ? Mon temps ? Mon énergie ? Mes compétences ? Mon écoute ? Mon pardon ?

Je me rends compte que le véritable bonheur ne réside pas dans l’accumulation, mais dans le don. C’est en me donnant que je me retrouve, que je me construis. L’humilité n’est pas une faiblesse, mais une force. Elle me libère du poids de l’ego, de la comparaison, de la quête incessante de reconnaissance. Elle ouvre un espace pour l’amour véritable, pour la connexion profonde avec les autres.

Je demande au Christ de transformer mon cœur. Qu’il m’aide à voir la grandeur non pas dans la domination, mais dans le service humble et généreux. Qu’il me donne la force de choisir, chaque jour, d’être un serviteur, à son image. Que ma vie soit un don, une rançon, une lumière pour ceux qui m’entourent. Amen.

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