C’est une rengaine qu’on entend souvent, une frustration partagée par beaucoup : nos politiques nous disent ce qu’il faut faire, mais on a l’impression qu’ils ne s’appliquent pas les mêmes règles. Que ce soit sur l’économie, l’écologie, ou même les petites actions du quotidien, le décalage entre le discours et la pratique peut être criant. Mais pourquoi un tel fossé ? Est-ce de la pure hypocrisie, ou y a-t-il des raisons plus profondes ?

La Complexité du Jeu Politique
D’abord, mettons les choses au clair : la politique est un jeu complexe. Un élu n’est pas une personne agissant seule dans son coin. Il est pris dans un enchevêtrement de contraintes :
- Le collectif prime sur l’individu : Un ministre, un député, un maire… ils font partie d’un parti, d’un gouvernement. Leurs actions et leurs paroles sont souvent le fruit de compromis, de stratégies de groupe. Ce qu’ils « disent » peut être la ligne officielle à défendre, même si personnellement, ils auraient une autre approche.
- Les impératifs de la communication : En politique, chaque mot compte. Le discours est souvent pensé pour rassurer, mobiliser, ou même masquer certaines réalités. Dire « faites des efforts » est plus simple et plus efficace que d’expliquer les mécanismes économiques complexes qui rendent ces efforts nécessaires.
- La pression de l’opinion publique : Les politiques sont constamment sous les projecteurs. Chaque faux pas est analysé, critiqué, amplifié. Cela peut les pousser à adopter une posture irréprochable en public, même si leur vie privée ne suit pas toujours cette ligne. C’est une sorte de mise en scène permanente.
La Tentation du Double Standard Humain
Au-delà de la sphère politique, ce décalage est aussi un trait de la nature humaine. Qui n’a jamais conseillé à un ami de rompre avec une mauvaise habitude tout en la conservant soi-même ?
- L’idéal vs la réalité : Il est facile de théoriser sur ce qui est « bon » ou « juste ». Le fameux « il faudrait que… » est une phrase qu’on utilise tous. Mais passer de l’idéal à la réalité, c’est une autre paire de manches. Les contraintes personnelles (emploi du temps, budget, habitudes ancrées) rendent souvent l’application de ces principes difficiles, même pour ceux qui les prônent.
- La projection de nos propres défauts : Parfois, en pointant du doigt les défauts des autres, on projette inconsciemment nos propres manquements. C’est une manière de se dédouaner ou de détourner l’attention de nos propres incohérences.
- La fatigue et le stress : Les hommes et femmes politiques sont aussi des êtres humains, soumis au stress, à la pression, aux horaires impossibles. Maintenir une parfaite cohérence entre ce qu’ils prônent et leur vie quotidienne relève parfois du tour de force. Un discours sur la modération peut être difficile à tenir quand on vit soi-même dans l’urgence permanente.
Vers une Attente Plus Réaliste ?
Alors, faut-il abandonner tout espoir et se résigner à cette hypocrisie ? Pas forcément.
- Exiger de la transparence : Plutôt que de les accuser de « ne rien faire », demandons plus de transparence sur les raisons pour lesquelles certaines décisions sont prises ou pourquoi des objectifs ne sont pas atteints.
- Comprendre les contraintes : Sans excuser les dérives, il est utile de comprendre que le rôle de politique implique des contraintes uniques que le citoyen lambda ne connaît pas.
- Responsabiliser, oui, mais avec nuance : Exigeons qu’ils soient exemplaires dans leur fonction, qu’ils respectent les lois qu’ils édictent. Mais attendons-nous aussi à ce qu’ils aient, comme nous, des failles et des contradictions dans leur vie personnelle.
En fin de compte, la frustration est légitime quand on a le sentiment d’être mené en bateau. Mais une réflexion plus profonde nous invite à voir au-delà de la simple accusation. Elle nous pousse à comprendre les mécanismes du pouvoir et, peut-être, à regarder aussi nos propres incohérences. Car après tout, la cohérence parfaite est un idéal difficile à atteindre, même pour le plus intègre d’entre nous.

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