Il était une fois, au cœur d’une forêt bruissante de vie, un jeune chêne nommé Fierbois. Fierbois était magnifique, grand et majestueux. Ses feuilles, d’un vert éclatant, captaient chaque rayon de soleil, et ses branches s’étiraient fièrement vers le ciel. Fierbois aimait être vu, être admiré. Il se dressait au milieu d’une clairière, et tous les animaux, du rouge-gorge à l’écureuil, connaissaient son nom. « Regardez-moi ! », semblait-il crier à chaque brise.

Un jour, une vieille chouette, dont les plumes sages avaient vu passer de nombreux hivers, se posa sur l’une de ses branches les plus basses.
« Jeune Fierbois, » dit-elle d’une voix douce et éraillée, « tu es beau, c’est vrai. Mais as-tu déjà pensé à la force qui réside dans l’effacement ? »

Fierbois rit. « S’effacer ? Mais à quoi bon ? Il faut être vu pour exister, pour être utile ! Plus je suis grand, plus je donne de l’ombre, plus mes glands sont nombreux pour les écureuils ! »

La chouette sourit mystérieusement. « Continue de grandir, mon jeune ami. L’apprentissage vient avec le temps. »

Les années passèrent. Fierbois devint encore plus grand, plus imposant. Son ombre s’étendait loin, et il se sentait puissant. Mais il remarqua une chose étrange. Quand un grand vent soufflait, ses plus belles branches, celles qu’il étendait le plus fièrement, étaient les premières à souffrir. Quand la tempête grondait, sa taille le rendait vulnérable aux éclairs. Et pendant les longs mois d’hiver, ses branches nues, autrefois si glorieuses, semblaient tristes et fragiles, n’offrant plus rien.

Un jour, une sécheresse terrible s’abattit sur la forêt. Les ruisseaux se tarirent, l’herbe jaunissait. Fierbois, avec ses milliers de feuilles à nourrir, commença à souffrir énormément. Il puisait désespérément dans la terre, mais l’eau manquait cruellement. Ses feuilles commencèrent à s’enrouler, puis à tomber prématurément.

Désespéré, il sentit sa sève ralentir. « Chouette sage, » murmura-t-il, la voix rauque, « je me meurs. Ma grandeur est ma perte. Où est cette force dont tu parlais ? »

La chouette se posa de nouveau sur lui. « Regarde autour de toi, Fierbois. Pas seulement ce qui est visible. »

Fierbois regarda. Il vit les rochers, immuables, qui ne cherchaient pas à grandir. Il vit le lichen sur les pierres, discret, mais qui protégeait l’humidité. Il vit le petit ruisseau souterrain, invisible à la surface, mais qui continuait de nourrir secrètement la terre. Et il vit les racines des autres arbres, enfouies, cachées, mais qui tenaient toute la forêt ensemble.

« Comprends-tu, Fierbois ? » dit la chouette. « La force n’est pas toujours dans le fait d’être le plus grand, le plus bruyant, le plus visible. Parfois, elle réside dans le fait de savoir s’effacer. De se retirer un instant. De laisser la place. De travailler en silence. De donner sans chercher la reconnaissance. »

Fierbois comprit. L’année suivante, quand la pluie revint, il grandit de nouveau, oui, mais avec une nouvelle sagesse. Il commença à laisser un peu plus d’espace aux jeunes pousses autour de lui, sans leur faire d’ombre. Il apprit à laisser tomber ses feuilles à l’automne, non pas comme une défaite, mais comme un don humble à la terre pour la nourrir. Quand les tempêtes arrivaient, il pliait parfois ses branches, acceptant de ne pas toujours dominer le vent, ce qui le rendait plus fort et moins cassant.

Il devint plus attentif aux besoins des petites plantes et des animaux à ses pieds, ceux qu’il n’avait jamais vraiment vus avant. Il réalisa que même en étant grand, il pouvait aussi s’effacer un peu, devenir un support, une protection silencieuse pour la vie qui l’entourait.

Les animaux de la forêt continuaient de l’admirer, mais cette fois, ce n’était plus seulement pour sa grandeur, mais pour la paix et la sagesse qui émanait de lui. Fierbois avait découvert que la vraie grandeur ne consistait pas à tout occuper, mais à savoir quand se retirer, quand laisser la place, et quand la discrétion était la plus grande des forces. Et en s’effaçant un peu, paradoxalement, il était devenu encore plus présent, plus essentiel, non seulement à la forêt, mais aussi à lui-même.

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