L’Evangile
« Au jour du Jugement, Tyr et Sidon et le pays de Sodome seront traités moins sévèrement que vous » (Mt 11, 20-24)

Alléluia. Alléluia.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Alléluia. (cf. Ps 94, 8a.7c)
Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus se mit à faire des reproches
aux villes où avaient eu lieu la plupart de ses miracles,
parce qu’elles ne s’étaient pas converties :
« Malheureuse es-tu, Corazine !
Malheureuse es-tu, Bethsaïde !
Car, si les miracles qui ont eu lieu chez vous
avaient eu lieu à Tyr et à Sidon,
ces villes, autrefois, se seraient converties,
sous le sac et la cendre.
Aussi, je vous le déclare :
au jour du Jugement,
Tyr et Sidon seront traitées moins sévèrement que vous.
Et toi, Capharnaüm, seras-tu donc élevée jusqu’au ciel ?
Non, tu descendras jusqu’au séjour des morts !
Car, si les miracles qui ont eu lieu chez toi
avaient eu lieu à Sodome,
cette ville serait encore là aujourd’hui.
Aussi, je vous le déclare :
au jour du Jugement,
le pays de Sodome sera traité moins sévèrement que toi. »
Sa réflexion
Mt 11, 20-24 nous confronte à la dure réalité du rejet de l’Évangile par certaines villes, malgré les miracles dont elles ont été témoins. C’est une parole qui peut nous déranger, car elle nous invite à une profonde introspection sur notre propre vie quotidienne et notre réponse à l’appel du Christ.
Réflexion : La cécité volontaire au cœur de nos vies
Jésus fustige Chorazin, Bethsaïde et Capharnaüm, non pas parce qu’elles n’ont pas vu de miracles, mais parce qu’elles n’en ont pas tiré de conversion. Elles ont été les témoins privilégiés de la puissance divine, de la bonté de Dieu manifestée en actes concrets, et pourtant, elles sont restées indifférentes, figées dans leur autosuffisance.
N’est-ce pas là une tentation constante dans nos vies quotidiennes ? Combien de fois sommes-nous les témoins de « miracles » ordinaires, de grâces discrètes, de signes de la présence de Dieu dans les petites choses, sans pour autant nous laisser transformer ?
- Les « miracles » du quotidien : Un lever de soleil éblouissant, le sourire d’un enfant, un mot d’encouragement inattendu, la patience d’un collègue, la beauté de la nature, la résilience de l’esprit humain face à l’adversité… Ces moments, si nous les regardons avec les yeux de la foi, sont autant de manifestations de la bonté et de la présence de Dieu. Les reconnaissons-nous comme tels, ou les prenons-nous pour acquis ?
- Nos « Chorazin et Bethsaïde » intérieures : Nous avons tous des domaines de notre vie où nous sommes peut-être plus résistants à la Parole de Dieu. Peut-être est-ce notre orgueil, notre peur du changement, notre attachement à nos habitudes, notre jugement des autres, notre manque de pardon. Nous connaissons ce qui ne va pas, nous avons peut-être même reçu des « signes » nous invitant à changer, mais nous nous accrochons à nos vieilles manières.
- Le danger de l’habitude : La familiarité peut engendrer l’indifférence. Les habitants de ces villes ont côtoyé Jésus, ont vu ses œuvres, mais l’habitude a peut-être émoussé leur capacité d’émerveillement et de conversion. De même, la routine de notre vie de foi peut parfois nous rendre insensibles à la nouveauté de l’Évangile, à la force de la prière, à la profondeur des sacrements.
Méditation : Ouvrir les yeux et le cœur
La méditation de ce passage nous invite à une conversion profonde, à un examen honnête de notre propre réceptivité à la grâce.
- Reconnaître les grâces de notre vie : Prenons un moment pour nous souvenir des moments où nous avons clairement ressenti la présence de Dieu, où nous avons été témoins de sa bonté. Quelles ont été ces « œuvres de puissance » dans notre propre existence ? Rendons-lui grâce pour chacune d’elles.
- Identifier nos résistances : Dans quel domaine de ma vie suis-je le plus résistant à l’appel de l’Évangile ? Où suis-je le plus « dur de cœur » ? Est-ce dans mes relations, mon travail, ma gestion de mes biens, mon rapport au péché ? Demandons au Saint-Esprit de nous éclairer sur ces points.
- Laisser la Parole nous transformer : Jésus ne condamne pas pour le plaisir de condamner, mais pour appeler à la conversion. Sa parole est un appel urgent à changer de chemin. Que cette parole nous pousse à un examen de conscience sincère. Suis-je prêt à laisser tomber mes résistances, à ouvrir mon cœur et à me laisser transformer par l’amour de Dieu ?
- L’exemple de Tyr et Sidon, et de Sodome : Jésus souligne que ces villes païennes, si elles avaient vu les mêmes miracles, se seraient repenties. C’est un rappel puissant que la grâce de Dieu est offerte à tous, et que notre responsabilité est d’autant plus grande que nous avons reçu. Nous qui avons accès à la Parole de Dieu, aux sacrements, à la communauté chrétienne, quelle est notre réponse ?
- Prier pour la docilité : Demandons au Seigneur la grâce d’avoir un cœur docile, capable de reconnaître sa présence, d’accueillir sa Parole et de se laisser transformer par elle. Que nous ne soyons pas comme ces villes qui ont vu et n’ont pas cru, mais plutôt comme ceux qui, touchés par la lumière, se tournent vers Lui avec un cœur contrit et plein d’espérance.
En fin de compte, Mt 11, 20-24 n’est pas une parole de désespoir, mais un appel vibrant à la vigilance et à l’humilité. C’est une invitation à ne pas laisser la routine nous aveugler, à ne pas nous complaire dans notre indifférence, mais à renouveler chaque jour notre « oui » à l’Évangile, avec un cœur ouvert et un esprit désireux de se laisser guider par la lumière du Christ. La vie quotidienne, avec ses joies et ses défis, est le terreau même où cette conversion peut prendre racine et porter du fruit.

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