On entend souvent dire que la politique est un milieu de requins, où l’égo et l’intérêt personnel règnent en maîtres. On regarde les informations, on voit les débats houleux, les promesses non tenues, les scandales, et on se dit : « Est-ce que gouverner, c’est forcément sacrifier le bien commun sur l’autel de l’ambition personnelle ? » C’est une question lourde, parce qu’elle touche à notre confiance dans ceux qui nous dirigent et, au fond, à notre espoir d’un monde meilleur.

Le Paradoxe du Pouvoir : Servant ou Serviteur ?
L’art de gouverner, dans son essence, devrait être l’art de servir. Servir une communauté, un pays, une vision d’avenir. Le bien commun, c’est ce qui profite à tous, pas seulement à une minorité. C’est l’accès à une bonne éducation pour chaque enfant, des soins de santé de qualité pour tous, des villes sûres, un environnement préservé, des opportunités équitables. C’est la somme des conditions sociales qui permettent à chacun de s’épanouir.
Mais alors, comment se fait-il que si souvent, on a l’impression que la recherche du bien commun est étouffée par les ego démesurés, les luttes de pouvoir intestines et la soif de reconnaissance ?
Le problème, c’est que le pouvoir est une arme à double tranchant. Il peut être un outil puissant pour le bien, permettant de transformer des idées en actions concrètes qui améliorent la vie des gens. Mais il peut aussi être un poison insidieux, qui corrompt, isole et détourne de l’objectif initial. L’égo, cette part de nous qui cherche à se grandir, à être reconnu, à avoir raison, est une force humaine naturelle. Le défi est qu’il peut devenir un mur infranchissable entre le dirigeant et ceux qu’il est censé servir.
Les Pièges de l’Égo dans la Gouvernance Actuelle
Dans le monde d’aujourd’hui, plusieurs facteurs amplifient la difficulté de gouverner sans égo :
- La Surenchère Médiatique et Sociale : À l’ère des réseaux sociaux et de l’information en continu, les hommes et femmes politiques sont constamment sous les projecteurs. Chaque mot, chaque geste est scruté, analysé, commenté. Cela peut pousser à une quête permanente de l’approbation, à vouloir briller à tout prix, plutôt qu’à se concentrer sur le travail de fond, souvent moins spectaculaire mais plus essentiel. L’égo se nourrit du « like » et du « buzz ».
- La Polarisation et les « Tribus » : Nos sociétés sont de plus en plus fragmentées. Les débats deviennent des batailles rangées, où il faut écraser l’adversaire plutôt que de chercher un terrain d’entente pour le bien commun. L’égo, ici, se manifeste par l’incapacité à écouter, à comprendre d’autres points de vue, à faire des compromis. C’est le « nous contre eux » qui prend le dessus.
- La Pression du Court Terme : Les cycles électoraux courts incitent à des décisions rapides, souvent spectaculaires, qui visent à plaire immédiatement, plutôt qu’à des politiques de long terme qui demandent patience et vision. L’égo a besoin de résultats immédiats pour se sentir légitimé, même si ces résultats ne sont pas les meilleurs pour l’avenir de tous.
Est-ce Incompatible ? Un Choix Humain, Pas une Fatalité
Alors, est-ce une fatalité ? L’art de gouverner est-il définitivement incompatible avec la recherche du bien commun sans égo ? Je crois que non. C’est difficile, immensément difficile, mais pas impossible.
L’histoire nous montre des exemples de leaders qui ont su mettre leur égo de côté pour servir une cause plus grande. Des personnes capables de prendre des décisions impopulaires mais nécessaires, de reconnaître leurs erreurs, d’écouter les critiques constructives, et de privilégier la collaboration au détriment de la confrontation.
La clé réside peut-être dans une humilité radicale et une vision claire de la mission.
- L’Humilité : Reconnaître que l’on n’a pas toutes les réponses, que l’on a besoin des autres (experts, citoyens, opposition), et que le pouvoir est un prêt, pas une possession. C’est l’inverse de l’égo.
- La Mission : Toujours revenir à la question fondamentale : « Pourquoi suis-je ici ? Quel est le but de mon action ? » Si la réponse est sincèrement « servir le bien de tous », alors l’égo a moins de prise.
Vers un « Nous » Plus Fort : L’Avenir de la Gouvernance ?
Pour que l’art de gouverner retrouve son sens profond de service au bien commun, il faut un changement de mentalité, pas seulement chez les dirigeants, mais chez nous tous.
- Exiger l’Exemplarité : Nous avons le droit d’attendre de nos dirigeants qu’ils fassent preuve d’intégrité, de transparence et d’une véritable préoccupation pour l’intérêt général.
- Encourager la Coopération : Plutôt que de systématiquement applaudir la confrontation, valoriser ceux qui cherchent le dialogue et le consensus.
- Se Récuser, Parfois : La force d’un leader, ce n’est pas seulement de savoir quand agir, mais aussi quand se retirer, quand laisser la place, quand admettre que d’autres seraient plus aptes à servir une cause spécifique.
En fin de compte, l’art de gouverner est une affaire profondément humaine. Il est fait de succès et d’échecs, de nobles intentions et de dérives. La quête du bien commun sans égo n’est pas un idéal naïf, mais un horizon vers lequel nous devons collectivement tendre. C’est un combat de chaque instant, contre nos propres penchants et contre les tentations du pouvoir, mais c’est un combat qui vaut la peine d’être mené pour un avenir plus juste et plus humain.

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