Il était une fois, dans un village où chaque maison était une copie conforme de la voisine, chaque jardin un miroir du suivant, et chaque habitant semblait suivre la même routine millimétrée, vivait un jeune garçon nommé Barnabé. Sauf que Barnabé n’était pas comme les autres.

Là où tout le monde portait des vêtements beige uni, Barnabé aimait les couleurs vives : un pantalon à carreaux rouges, une chemise rayée de vert et de violet, et des chaussettes dépareillées qui faisaient rire les oiseaux. Pendant que les autres apprenaient à réciter les règles de bien-séance par cœur, Barnabé passait ses journées à inventer des machines farfelues avec des bouts de ficelle, des ressorts rouillés et des plumes d’oiseaux. Personne ne les comprenait, mais elles faisaient des bruits rigolos.

Le village s’appelait Morne-Plaine, et il portait bien son nom. Les jours s’écoulaient, identiques, prévisibles. Les gens se contentaient de ce qu’ils connaissaient, peur de bousculer la moindre habitude. Quand Barnabé essayait de parler de ses inventions ou de ses rêves de voler dans le ciel avec un parapluie géant, les adultes hochaient la tête d’un air las. « Barnabé, mon petit, sois raisonnable. Reste dans le rang. C’est plus sûr. »

Un jour, une grande sécheresse s’abattit sur Morne-Plaine. Les puits s’asséchèrent, les récoltes se mirent à faner. La panique commença à gronder. Les anciens du village se réunirent, essayant toutes les méthodes connues : incantations, danses de la pluie répétées mille fois, mais rien n’y faisait. L’eau ne venait pas.

Pendant ce temps, Barnabé, dans son petit atelier encombré de trouvailles étranges, observait les nuages. Non pas pour y voir des formes d’animaux, mais pour comprendre leur mouvement, leur densité. Il se souvint d’un vieux livre qu’il avait trouvé, parlant de la condensation, des courants d’air. Une idée folle, une de ses « étranges mélodies », commença à germer dans son esprit.

Il travailla jour et nuit, sans un mot, assemblant ses bouts de bois, ses tuyaux tordus, et même les vieux parapluies de sa grand-mère. Les villageois le regardaient d’un air pitoyable. « Il est fou, » disaient-ils. « Il perd son temps, nous allons mourir de soif ! »

Finalement, Barnabé sortit de son atelier, tirant derrière lui une machine improbable. Elle ressemblait à un grand moulin à vent avec des entonnoirs géants et des tuyaux serpentins qui montaient vers le ciel. Les habitants se moquèrent. « Qu’est-ce que c’est que ça, Barnabé ? Une nouvelle blague ? »

Barnabé, le visage couvert de suie mais les yeux brillants, expliqua : « C’est un collecteur de nuages ! Quand l’air humide passe dans les entonnoirs et refroidit dans les tuyaux, l’eau se condense et tombe ici ! » Il pointa un grand bassin en bois.

Personne n’y croyait. Mais Barnabé, avec un optimisme inébranlable, activa une manivelle. La machine grinça, toussa, puis les pales du moulin se mirent à tourner lentement, émettant un sifflement étrange. Les heures passèrent. Et puis, une petite goutte tomba dans le bassin. Puis une autre. Et encore une autre. Bientôt, un filet d’eau commença à couler !

Les murmures cessèrent. Les visages s’éclairèrent. En quelques jours, grâce à l’étrange machine de Barnabé, Morne-Plaine retrouva de l’eau. Les cultures furent sauvées.

La joie explosa dans le village. Les enfants, qui avaient toujours été fascinés par Barnabé, vinrent l’entourer. Les adultes, les mêmes qui l’avaient raillé, le regardaient avec respect. Sa maison, autrefois ignorée, devint un lieu de pèlerinage. Ses vêtements colorés n’étaient plus considérés comme étranges, mais comme le signe d’un esprit vif et joyeux.

Morne-Plaine commença à changer. Certains osèrent porter une touche de couleur, d’autres se mirent à expérimenter de nouvelles recettes de cuisine, ou à peindre des motifs différents sur leurs portes. L’originalité de Barnabé avait semé une graine. Ils avaient compris : rester soi-même, même si c’est différent, peut non seulement apporter de la joie, mais aussi des solutions inattendues aux problèmes. L’originalité n’était plus une faiblesse, mais une force, un souffle nouveau.

Et Barnabé ? Il continua à inventer, à rire fort, et à porter ses chaussettes dépareillées, sachant que la plus belle des mélodies est celle que l’on joue avec son propre cœur.

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