L ‘ Evangile

« Votre paix ira reposer sur lui » (Lc 10, 1-12.17-20)

Alléluia. Alléluia.
Que dans vos cœurs, règne la paix du Christ ;
que la parole du Christ habite en vous
dans toute sa richesse.
Alléluia. (Col 3, 15a.16a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

    En ce temps-là,
parmi les disciples,
    le Seigneur en désigna encore 72,
et il les envoya deux par deux, en avant de lui,
en toute ville et localité
où lui-même allait se rendre.
    Il leur dit :
« La moisson est abondante,
mais les ouvriers sont peu nombreux.
Priez donc le maître de la moisson
d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
    Allez ! Voici que je vous envoie
comme des agneaux au milieu des loups.
    Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales,
et ne saluez personne en chemin.
    Mais dans toute maison où vous entrerez,
dites d’abord :
‘Paix à cette maison.’
    S’il y a là un ami de la paix,
votre paix ira reposer sur lui ;
sinon, elle reviendra sur vous.
    Restez dans cette maison,
mangeant et buvant ce que l’on vous sert ;
car l’ouvrier mérite son salaire.
Ne passez pas de maison en maison.
    Dans toute ville où vous entrerez
et où vous serez accueillis,
mangez ce qui vous est présenté.
    Guérissez les malades qui s’y trouvent
et dites-leur :
‘Le règne de Dieu s’est approché de vous.’ »
    Mais dans toute ville où vous entrerez
et où vous ne serez pas accueillis,
allez sur les places et dites :
    ‘Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds,
nous l’enlevons pour vous la laisser.
Toutefois, sachez-le :
le règne de Dieu s’est approché.’
    Je vous le déclare :
au dernier jour,
Sodome sera mieux traitée que cette ville. »

    Les 72 disciples revinrent tout joyeux,
en disant :
« Seigneur, même les démons
nous sont soumis en ton nom. »
    Jésus leur dit :
« Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
    Voici que je vous ai donné le pouvoir
d’écraser serpents et scorpions,
et sur toute la puissance de l’Ennemi :
absolument rien ne pourra vous nuire.
    Toutefois, ne vous réjouissez pas
parce que les esprits vous sont soumis ;
mais réjouissez-vous
parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

Sa réflexion

Le passage de Luc 10, 1-9 résonne avec une pertinence étonnante dans notre monde contemporain, nous invitant à réfléchir sur la nature de la mission, l’attitude de l’envoyé et l’urgence du Royaume.

« Après cela, le Seigneur désigna soixante-douze autres disciples et les envoya deux par deux en avant de lui dans toutes les villes et tous les lieux où lui-même devait aller. » (v.1)

Aujourd’hui, l’Église, et chaque chrétien, est appelée à une mission constante. Le chiffre « soixante-douze » (ou soixante selon certaines traditions) symbolise l’universalité. Il ne s’agit pas d’une élite, mais de tous ceux qui suivent le Christ. L’envoi « deux par deux » souligne l’importance de la communauté, du soutien mutuel et du témoignage collectif. Dans un monde souvent individualiste, ce rappel à la collaboration et à la solidarité est crucial. Nous sommes invités à sortir de nos « bulles » confortables pour aller à la rencontre de l’autre, là où le Christ veut se manifester.

« Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson. » (v.2)

Cette affirmation reste plus que jamais d’actualité. La « moisson » représente les âmes, les cœurs, les besoins profonds de l’humanité, qui aspirent à la vérité, à l’amour et au sens. Les « ouvriers » sont ceux qui acceptent de se mettre au service de cette moisson. Le manque d’ouvriers est une réalité que nous pouvons constater dans nos communautés : un engagement parfois hésitant, une peur de témoigner. L’injonction à « prier le maître de la moisson » n’est pas une décharge de responsabilité, mais un appel à reconnaître que la mission est avant tout l’œuvre de Dieu, et que notre disponibilité est une réponse à son appel. C’est aussi un rappel que l’évangélisation n’est pas une question de chiffres ou de stratégies humaines, mais de l’action de l’Esprit Saint.

« Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. » (v.3)

Cette image forte dépeint la vulnérabilité de l’envoyé. Dans notre société où la foi est parfois moquée, ignorée, ou même combattue, le chrétien peut se sentir démuni, face à des « loups » que peuvent être l’indifférence, le matérialisme, le relativisme, ou même l’hostilité ouverte. Jésus ne nous promet pas une mission facile, mais il nous assure de sa présence même au cœur de cette fragilité. C’est dans notre faiblesse que la puissance de Dieu se manifeste. Il nous invite à ne pas répondre à la violence par la violence, mais à témoigner par notre douceur et notre persévérance.

« N’emportez ni bourse, ni sac, ni sandales ; et ne saluez personne en chemin. » (v.4)

C’est un appel radical au dépouillement et à la confiance. Aujourd’hui, nous sommes souvent attachés à nos sécurités matérielles, à nos conforts. Jésus nous invite à nous défaire de ce qui peut nous entraver, nous distraire de l’essentiel. L’interdiction de « saluer personne en chemin » ne signifie pas l’impolitesse, mais l’urgence et la concentration sur la mission. Il s’agit de ne pas se laisser distraire par des conventions sociales ou des préoccupations secondaires, mais de rester focalisé sur l’objectif principal : annoncer le Royaume.

« Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : « Paix à cette maison. » S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous. Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce qu’on vous donnera ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison. » (v.5-7)

Le premier message est la paix, un don de Dieu avant d’être un fruit de nos efforts. C’est une invitation à la rencontre authentique, au respect de l’autre, à l’ouverture. La notion d’ »ami de la paix » souligne que notre message sera accueilli par ceux dont le cœur est déjà préparé par Dieu. Il ne s’agit pas de forcer les choses. La simplicité de vie, l’acceptation de l’hospitalité offerte, et la gratitude sont des attitudes essentielles. « Ne passez pas de maison en maison » signifie une stabilité, une persévérance dans le témoignage, évitant l’agitation stérile et le superficiel.

« Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qu’on vous présentera. Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : « Le règne de Dieu s’est approché de vous. » » (v.8-9)

L’accueil du message se manifeste aussi par l’accueil de la personne de l’envoyé. L’action et la parole sont indissociables. La guérison des malades n’est pas seulement un miracle physique, mais un signe de la restauration totale que le Royaume apporte. Annoncer le Royaume, c’est aussi manifester concrètement son avènement par des actes de compassion, de service, de justice. Le règne de Dieu n’est pas une notion abstraite, mais une réalité qui touche la vie des personnes ici et maintenant. C’est un appel à l’action concrète pour soulager la souffrance et apporter l’espérance.

En somme, Luc 10, 1-9 nous exhorte à une mission urgente et universelle, vécue dans la simplicité, la confiance en Dieu, la collaboration, et l’amour du prochain, même au milieu des difficultés.

Méditation

Prenons un instant pour nous laisser interpeller personnellement par ce texte.

« Le Seigneur désigna… et les envoya… »

  • Suis-je conscient(e) d’être envoyé(e) par le Christ, non pas par mes propres forces, mais par sa désignation ? Est-ce que je me sens concerné(e) par cette mission universelle ?
  • Avec qui suis-je appelé(e) à cheminer dans ma mission ? Est-ce que je cultive la collaboration et le soutien mutuel avec mes frères et sœurs en Christ ?

« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc… »

  • Où vois-je la « moisson » autour de moi ? Quelles sont les soifs, les attentes, les souffrances qui attendent une parole, un geste de réconfort, un signe d’espérance ?
  • Est-ce que ma prière inclut l’appel de nouveaux ouvriers pour cette moisson ? Suis-je moi-même disponible à devenir cet « ouvrier » ? Qu’est-ce qui m’empêche parfois de me donner pleinement ?

« Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. »

  • Quelles sont les « loups » dans mon environnement ? Les résistances, les moqueries, l’indifférence face à ma foi ?
  • Comment est-ce que je réagis face à ces « loups » ? Est-ce que je me laisse intimider, ou est-ce que je continue à témoigner avec douceur et persévérance, confiant(e) en la protection du Christ ?

« N’emportez ni bourse, ni sac, ni sandales… »

  • À quoi suis-je le plus attaché(e) matériellement ou psychologiquement ? Quelles sont les sécurités qui m’empêchent parfois de me lancer, de faire confiance à la Providence ?
  • Suis-je capable de me décentrer de mes propres préoccupations pour me concentrer sur l’essentiel de la mission ?

« Paix à cette maison… Guérissez les malades… Le règne de Dieu s’est approché de vous. »

  • Quelle est la première parole que je porte aux autres ? Est-ce une parole de paix, d’accueil, de bienveillance ?
  • Comment puis-je, par mes actions concrètes, mes paroles, ma simple présence, manifester que le règne de Dieu est déjà là, au milieu de nous ? Quelles « guérisons » puis-je apporter, non seulement physiques, mais aussi émotionnelles, spirituelles, relationnelles ?

Ce passage nous invite à une conversion de notre regard et de notre action. Il nous rappelle que la mission n’est pas un fardeau, mais un privilège, et que c’est le Christ lui-même qui nous équipe et nous accompagne. Il nous appelle à une humilité radicale, à une confiance inébranlable, et à un amour audacieux pour un monde qui a tant besoin de la Bonne Nouvelle.

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