L’Evangile
« Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? » (Mt 9, 14-17)

Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus
en disant :
« Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons,
tes disciples ne jeûnent-ils pas ? »
Jésus leur répondit :
« Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil
pendant le temps où l’Époux est avec eux ?
Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ;
alors ils jeûneront.
Et personne ne pose une pièce d’étoffe neuve
sur un vieux vêtement,
car le morceau ajouté tire sur le vêtement,
et la déchirure s’agrandit.
Et on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres ;
autrement, les outres éclatent,
le vin se répand,
et les outres sont perdues.
Mais on met le vin nouveau dans des outres neuves,
et le tout se conserve. »
Sa réflexion
Le Vin Nouveau et les Outres Anciennes
Le passage de Matthieu 9, 14-17 nous plonge au cœur des tensions et des incompréhensions qui marquent les débuts du ministère de Jésus. Les disciples de Jean le Baptiste, habitués à une pratique rigoureuse du jeûne, interrogent Jésus sur la non-conformité de ses propres disciples à cette tradition. La réponse de Jésus, loin d’être une simple justification, est une révélation profonde sur la nature du Royaume qu’il inaugure.
1. Le Temps des Noces et l’Absence de Jeûne (v. 15)
Jésus commence par une image puissante : celle de l’époux et des invités aux noces. Tant que l’époux est avec eux, les invités ne peuvent pas jeûner. Cette métaphore est riche de sens. Jésus se présente implicitement comme l’époux, une figure messianique forte dans la tradition juive, symbolisant l’alliance entre Dieu et son peuple. Sa présence est une source de joie et de célébration, un temps de plénitude qui rend le jeûne, expression de pénitence et d’attente, inapproprié.
Ce verset souligne une vérité essentielle : la venue de Jésus n’est pas une continuation des vieilles pratiques pour elles-mêmes, mais une nouvelle ère de relation avec Dieu. La joie de sa présence supplante la rigueur du rituel. Cela ne signifie pas que le jeûne perd toute valeur, mais que son sens et son moment sont désormais redéfinis par la présence du Christ. Il y aura un temps pour jeûner, quand l’époux leur sera enlevé, faisant allusion à sa passion et à son ascension, mais pour l’instant, c’est le temps de la célébration.
2. Le Tissu Neuf et le Vieil Habit (v. 16)
L’analogie du morceau de drap neuf sur un vieil habit est une illustration frappante de l’incompatibilité entre l’esprit du Royaume de Jésus et les structures rigides et obsolètes de certaines traditions. Le « drap neuf » représente la nouveauté radicale de l’Évangile : la grâce, la miséricorde, l’amour inconditionnel de Dieu. Le « vieil habit » symbolise les formes extérieures de la religion qui, coupées de leur esprit originel, sont devenues des fardeaux ou des contraintes.
Mettre du neuf sur du vieux ne fait qu’aggraver la situation : le nouveau tissu, en se rétractant au lavage, déchirerait davantage le vieil habit. C’est une mise en garde contre la tentative de simplement « patcher » l’ancien avec le nouveau. L’Évangile n’est pas une simple réforme ou une addition aux anciennes règles ; il est une transformation radicale qui exige une nouvelle manière d’être et de vivre.
3. Le Vin Nouveau et les Vieilles Outres (v. 17)
L’image du vin nouveau dans les vieilles outres est sans doute la plus parlante. Le vin nouveau, en fermentant, produit du gaz et nécessite des outres souples et neuves pour s’étendre sans éclater. Les vieilles outres, durcies et devenues cassantes avec le temps, ne pourraient contenir la force et la vitalité du vin nouveau.
Le « vin nouveau » est l’Esprit du Christ, sa doctrine, sa manière de vivre, la liberté de la grâce. Les « vieilles outres » représentent les mentalités rigides, les pratiques sclérosées, les cœurs fermés à la nouveauté de Dieu. Tenter de contenir la vitalité explosive de l’Évangile dans des cadres dépassés serait voué à l’échec et mènerait à la destruction (les outres éclateraient et le vin serait perdu).
Application pour Aujourd’hui :
Ce passage nous interpelle profondément. Sommes-nous prêts à accueillir le « vin nouveau » de l’Esprit du Christ dans des « outres neuves » ? Cela signifie-t-il :
- Une ouverture d’esprit et de cœur : Laisser tomber nos préconceptions, nos habitudes confortables, nos manières de faire qui n’ont plus de sens, pour être réceptifs à ce que Dieu veut renouveler en nous et autour de nous.
- Une remise en question de nos pratiques religieuses : Est-ce que nos rituels, nos traditions, nos structures ecclésiales sont des outres souples qui permettent à l’Esprit de circuler librement, ou sont-elles devenues des carcans qui étouffent la vie ?
- Une compréhension de la joie du Royaume : La foi en Christ est d’abord une bonne nouvelle, une source de joie et de liberté. Si notre pratique religieuse est perçue comme un fardeau, c’est peut-être que nous avons oublié l’époux.
- Le courage de la nouveauté : L’Évangile nous appelle parfois à rompre avec des formes anciennes pour laisser place à la vie nouvelle. Cela demande du courage, de la discernement, et une confiance profonde en la direction de l’Esprit.
En somme, Matthieu 9, 14-17 n’est pas une condamnation du passé, mais une invitation pressante à la transformation et au renouvellement. Le Christ ne vient pas pour abolir, mais pour accomplir. Et cette accomplissement passe par l’accueil d’une vie nouvelle qui ne peut être contenue dans des formes qui ne lui correspondent plus. C’est un appel à être des « outres neuves », souples et prêtes à recevoir le vin effervescent du Royaume de Dieu.

Laisser un commentaire