Luna vivait dans une ville pétillante, pleine de néons et de bruits. Mais dans sa tête à elle, c’était souvent moins clinquant. Luna était une artiste, une de ces âmes créatives qui voyaient le monde en couleurs, même quand il était en noir et blanc. Son truc, c’était le street art. Elle rêvait de peindre une immense fresque murale sur le plus grand mur du centre-ville, un mur gris et triste qui criait « libère-moi ! ».

Sauf que Luna avait un passager clandestin dans sa tête : le Doute. Ce Doute était un petit chuchoteur persistant. « Ton dessin n’est pas assez bien, » disait-il. « Personne ne comprendra ton message. » « Tu vas gâcher ce mur, tout le monde va se moquer. » Le Doute était super fort pour transformer les rêves en gelée.

Un soir, Luna était assise devant son carnet de croquis, la mine sombre. Son amie, un vieux graffeur sage et un peu déjanté qu’on appelait « Maître Kouki », est passé la voir. Kouki avait des yeux qui avaient vu mille murs et des mains pleines de cicatrices de peinture.

« Alors, l’artiste, on sèche ? » a demandé Kouki en souriant.

Luna a soupiré. « Le mur… il est trop grand. Le Doute est trop fort. J’ai peur de pas y arriver, de tout rater. »

Kouki s’est assis à côté d’elle. « Le Doute, petite Luna, » a-t-il dit doucement, « c’est juste une ombre. Une ombre n’a pas de corps. Elle ne peut pas te tenir, elle ne peut pas t’arrêter, à moins que tu ne la laisses faire. »

Il a continué : « Imagine que ta vie est une immense feuille blanche. Chaque jour, tu traces des lignes. Parfois, le Doute vient et essaie de t’arracher le crayon des mains. Il te dit que tes lignes sont moches, que ton dessin n’a pas de sens. Mais toi, tu as le droit de lui dire : ‘Pschitt ! Pas aujourd’hui !’ »


Le Projet Fou et les Murmures du Doute

Luna a écouté. L’idée de Kouki, de juste dire « Pschitt », était bizarre, mais ça avait un truc. Le lendemain, elle a décidé de se lancer. Elle a contacté la mairie, a présenté son projet fou de transformer le mur gris en explosion de couleurs et d’espoir. À sa grande surprise, ils ont dit oui !

Le jour J, Luna était devant le mur. Énorme. Monstrueux. Et là, le Doute est revenu en force, avec un mégaphone cette fois. « Tu vas te ridiculiser ! Regarde comme c’est grand ! Tu n’es qu’une petite Luna ! »

Luna a pris une grande inspiration. Elle a fermé les yeux, s’est rappelée les mots de Kouki, et a murmuré : « Pschitt, Doute ! Pas aujourd’hui.« 

Elle a ouvert une bombe de peinture, la première couleur, un bleu électrique. Et elle a commencé.


Quand la Vie Peint Plus Fort que le Doute

Les premiers jours ont été durs. Ses bras lui faisaient mal, le soleil tapait fort, et le Doute était toujours là, moins fort, mais persistant. « Tu n’avances pas. C’est moche. Arrête. »

Mais à chaque fois qu’elle sentait le Doute monter, elle se souvenait de son petit « Pschitt ! ». Et elle continuait. Elle a peint des visages souriants, des mains qui se tendent, des oiseaux qui s’envolent, des fleurs qui poussent à travers le béton. Les couleurs explosaient sur le mur gris.

Les gens du quartier ont commencé à s’arrêter. D’abord, juste un coup d’œil, puis des sourires, des encouragements. Des enfants venaient la regarder peindre, les yeux brillants. Une vieille dame lui a apporté un café.

Chaque petit sourire, chaque mot gentil, chaque éclat de soleil sur sa peinture, c’était comme un coup de pinceau que la Vie donnait elle-même sur le Doute. La Vie, avec sa beauté, ses connexions, sa lumière, était en train de recouvrir l’ombre.


Le Chef-d’œuvre et le Doute Évanoui

Finalement, après des semaines de travail acharné, la fresque était terminée. Le mur gris avait disparu, remplacé par une explosion de couleurs et d’histoires. Le jour de l’inauguration, toute la ville était là. Les gens prenaient des photos, souriaient, discutaient. Le mur était devenu le cœur vibrant de la ville.

Luna se tenait là, au milieu de la foule, le cœur battant. Elle a cherché le Doute dans sa tête. Étonnamment, il n’était plus là. Il avait fait… pschitt !

Elle a compris. Le Doute n’est puissant que si on le nourrit. Mais quand tu te lances, quand tu crées, quand tu aimes, quand tu partages, quand tu vis pleinement, la Vie elle-même devient une force si puissante qu’elle éteint les murmures du Doute.

La vie de Luna, comme la nôtre, serait toujours une montagne russe. Il y aurait d’autres doutes, d’autres peurs. Mais elle avait appris le truc : ne jamais laisser l’ombre du Doute voler l’éclat de ce que tu peux accomplir. Car la vie est toujours plus forte que les doutes, surtout quand tu choisis de la vivre en couleurs.


Et toi, c’est quoi ton « Pschitt ! » face au Doute qui te chuchote à l’oreille ?

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