L’Evangile
« Suis-moi » (Mt 8, 18-22)
Alléluia. Alléluia.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur,
mais écoutez la voix du Seigneur.
Alléluia. (cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus, voyant une foule autour de lui,
donna l’ordre de partir vers l’autre rive.
Un scribe s’approcha et lui dit :
« Maître, je te suivrai partout où tu iras. »
Mais Jésus lui déclara :
« Les renards ont des terriers,
les oiseaux du ciel ont des nids ;
mais le Fils de l’homme
n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Un autre de ses disciples lui dit :
« Seigneur, permets-moi d’aller d’abord
enterrer mon père. »
Jésus lui dit :
« Suis-moi,
et laisse les morts enterrer leurs morts. »
Sa réflexion
Le Prix de la Suite du Christ
Ce passage de l’Évangile selon Matthieu, situé juste après la guérison du lépreux et du serviteur du centurion, et avant l’apaisement de la tempête, nous confronte à la radicalité de l’appel de Jésus. Deux personnages se présentent à lui, chacun avec une proposition ou une demande, et la réponse du Christ met en lumière la véritable nature de la disciple.
1. Le Scribe zélé mais peut-être superficiel (v. 19-20)
Le premier à s’approcher est un scribe. C’est un homme instruit de la Loi, respecté, probablement habitué à une certaine aisance. Son enthousiasme est palpable : « Maître, je te suivrai partout où tu iras. » On pourrait y voir une adhésion sincère, un désir d’accompagner celui qui opère des miracles et enseigne avec autorité. Cependant, la réponse de Jésus est déroutante : « Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas un lieu où reposer sa tête. »
Cette phrase n’est pas un refus, mais une mise en garde. Jésus ne rejette pas le scribe, mais il éclaire la réalité de ce que signifie le suivre. Le scribe, avec sa position et son statut, envisageait peut-être une suite confortable, une nouvelle forme d’honorabilité. Jésus lui révèle la précarité et le dépouillement inhérents à sa mission. Le Fils de l’homme est sans demeure fixe, sans sécurité matérielle, sans lieu où poser sa tête pour un repos assuré. Suivre Jésus, ce n’est pas adhérer à une idéologie ou à une personne pour en tirer un bénéfice terrestre, mais entrer dans une logique de vulnérabilité et de dépendance totale envers Dieu.
Méditation : Suis-je prêt(e) à quitter mes sécurités, mes « tanières » et mes « nids », mes habitudes confortables, pour suivre le Christ ? Est-ce que mon désir de le suivre est conditionné par ce que je peux en retirer, ou suis-je prêt(e) à embrasser le chemin de la précarité spirituelle et parfois matérielle ? La suite du Christ exige un certain détachement.
2. Le Disciple hésitant face aux impératifs familiaux (v. 21-22)
Le second personnage est un « autre de ses disciples ». Il est déjà dans le cercle de Jésus, mais il demande une permission : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord ensevelir mon père. » À première vue, cette demande semble légitime et pieuse. Dans la culture juive de l’époque, enterrer son père était un devoir sacré, une priorité absolue. La piété filiale était un pilier de la vie sociale et religieuse.
Mais la réponse de Jésus est encore plus tranchante : « Suis-moi, et laisse les morts ensevelir leurs morts. » Cette parole est souvent perçue comme dure, voire impie. Cependant, elle est à comprendre dans le contexte de l’urgence du Royaume. Jésus ne dévalorise pas la piété filiale en soi, mais il établit une hiérarchie radicale des priorités. L’appel à le suivre, à annoncer le Royaume, est d’une telle importance qu’il prime sur toutes les autres obligations, même les plus sacrées.
L’expression « laisse les morts ensevelir leurs morts » est frappante. Elle peut signifier plusieurs choses :
- Ceux qui sont spirituellement morts, qui n’ont pas encore accepté l’Évangile, peuvent s’occuper des devoirs du monde.
- Le Royaume de Dieu appelle à une rupture avec ce qui nous retient dans le passé, avec des attachements qui, bien que légitimes en eux-mêmes, peuvent entraver notre pleine adhésion au Christ.
- Il y a une urgence eschatologique : le temps est court, le Royaume est proche, et la mission du disciple ne peut être retardée.
Méditation : Quelles sont les « morts » qui m’empêchent de suivre pleinement Jésus ? Y a-t-il des attachements, des devoirs, des traditions, même bonnes en soi, qui prennent le pas sur mon engagement envers le Christ et sa mission ? Suis-je prêt(e) à donner la priorité absolue à l’appel de Jésus, même quand cela contredit mes habitudes ou les attentes de mon entourage ? La suite du Christ exige une obéissance radicale.
Conclusion : Un Appel à la Radicalité et à la Liberté
Ces deux rencontres nous rappellent que la suite du Christ n’est pas un engagement à la légère. Elle n’est pas une simple adhésion intellectuelle ou un ajout à une vie déjà bien remplie. C’est un appel à la radicalité, à un dépouillement de soi et à une liberté intérieure.
- Elle exige de renoncer à nos sécurités, à nos conforts, à l’idée que nous pourrions contrôler notre destinée.
- Elle exige de hiérarchiser nos priorités, plaçant l’annonce du Royaume et la suite de Jésus au-dessus de tout le reste, même des obligations les plus naturelles et les plus respectables.
Ces paroles de Jésus nous invitent à une profonde introspection. Sommes-nous de ceux qui disent « Je te suivrai partout où tu iras » sans en mesurer le coût ? Ou sommes-nous de ceux qui, même ayant entendu l’appel, hésitent encore, retenus par les liens du monde ? La voie du Christ est celle de la croix, mais aussi celle de la vraie vie, une vie libérée de l’emprise des attachements terrestres, entièrement donnée à Dieu et au service de son Royaume. C’est un chemin exigeant, mais infiniment libérateur et plein de sens.

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