Il était une fois, dans un pays où le soleil brillait si fort qu’il faisait craquer la terre, une toute petite goutte d’eau. Elle vivait tranquillement dans un nuage douillet, aux côtés de milliers d’autres gouttes. De là-haut, elle voyait le monde : les montagnes majestueuses, les forêts verdoyantes, et, au loin, un immense bleu scintillant qu’on appelait l’Océan.

Notre petite goutte rêvait d’Océan. Elle entendait les murmures des gouttes plus âgées qui racontaient des histoires de grands voyages, de cascades rugissantes et de rivières joyeuses. Mais elle avait un secret : elle avait un peu peur. Peur de tomber, peur de s’évaporer avant d’atteindre son but, peur d’être insignifiante dans cette immensité.
Le Grand Saut et la Peur du Vide
Un jour, le vent se leva. Le nuage, lourd de ses millions de gouttes, commença à se transformer. C’était le moment ! Les gouttes, une à une, se laissaient tomber, s’élançant dans le vide avec des petits cris de joie ou d’excitation.
La petite goutte sentit son tour arriver. Son cœur, si une goutte d’eau pouvait en avoir un, battait la chamade. « Et si je me perds ? Et si je ne sers à rien ? » pensait-elle. Mais une force irrésistible la poussa. Elle se laissa aller.
La chute fut vertigineuse, mais aussi étonnamment belle. Elle vit le paysage défiler à toute vitesse, les couleurs s’estomper, puis le sol se rapprocher. Elle atterrit finalement dans une flaque, au milieu d’un champ sec et poussiéreux.
Une Nouvelle Mission : L’Arbre Affamé
La flaque était petite, et le soleil menaçait de la faire disparaître. La petite goutte se sentit découragée. « À quoi bon ? Je ne suis pas dans une rivière, et encore moins dans l’Océan. Je vais disparaître ici, sans avoir rien accompli. »
Mais alors qu’elle s’apprêtait à s’évaporer, elle sentit une aspiration douce. Une racine, fine et assoiffée, l’attirait. C’était celle d’un jeune arbre, dont les feuilles commençaient à jaunir. L’arbre était en train de mourir de soif.
La goutte d’eau hésita un instant. Elle pouvait rester dans sa flaque et tenter de survivre un peu plus longtemps. Ou elle pouvait se donner, disparaître dans cette racine pour aider cet arbre.
Le Don de Soi et la Vie qui Jaillit
Sans vraiment y réfléchir, poussée par une tendresse qu’elle ne connaissait pas, la petite goutte se laissa absorber par la racine. Elle voyagea à travers les capillaires de l’arbre, montant, montant, jusqu’à une petite feuille desséchée.
Et là, un miracle se produisit. La feuille, en recevant la petite goutte et les milliers d’autres qui avaient suivi, commença à retrouver sa couleur verte. Puis d’autres feuilles, d’autres branches. L’arbre entier, qui semblait perdu, se mit à vibrer de vie. Il se redressa, et ses feuilles brillèrent sous le soleil.
La petite goutte n’était plus. Elle s’était fondue, donnée entièrement pour que l’arbre vive. Elle n’avait pas atteint l’Océan comme elle le rêvait, mais elle avait fait bien plus : elle avait donné la vie.
La Vraie Grandeur
Depuis ce jour, la petite goutte comprit une chose essentielle : la vraie grandeur n’est pas toujours de réaliser nos rêves les plus grandioses, mais de se donner sans compter pour le bien des autres. Parfois, le plus petit de nos gestes, le plus simple de nos dons, peut changer le monde de quelqu’un.
Elle avait rêvé d’un grand Océan, mais elle avait trouvé sa véritable immensité dans le cœur d’un arbre qu’elle avait sauvé. Et chaque fois qu’une brise caressait les feuilles de cet arbre, c’était comme un doux murmure : le souvenir d’une petite goutte qui avait appris la joie immense du don de soi.

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