On parle souvent des héros, des leaders, des mouvements qui changent le monde. On imagine des discours enflammés, des actions spectaculaires, des foules qui marchent. Mais si, en coulisses, le vrai moteur – ou plutôt le vrai frein – était un truc bien plus discret, bien plus sournois : l’indifférence ? C’est ce sentiment, ou plutôt cette absence de sentiment, qui nous fait dire : « Ça ne me regarde pas, » « Je n’y peux rien, » ou « Quelqu’un d’autre s’en occupera. » Alors, l’indifférence, ça fait plus bouger le monde… oui ou non ?


L’indifférence : une force tranquille (et destructrice)

À première vue, l’indifférence semble inoffensive. Elle ne crée pas de violence directe, pas de cris, pas de destruction visible. Pourtant, c’est précisément dans cette passivité qu’elle puise sa force.

  • Elle permet le pire en silence : Pense aux injustices qui perdurent, aux problèmes écologiques qui s’aggravent, aux inégalités qui se creusent. Ces fléaux ne progressent pas toujours à cause de forces maléfiques actives, mais souvent parce que la majorité des gens détournent le regard. L’indifférence est le terreau fertile sur lequel prospèrent l’abus, l’exploitation et la destruction. Quand personne ne dit rien, quand personne n’agit, la porte est ouverte à tout.
  • Elle érode les liens sociaux : L’indifférence est l’ennemie de l’empathie. Si je suis indifférent(e) à la souffrance de mon voisin, à la précarité d’un inconnu, comment construire une société solidaire ? Elle crée des bulles, des silences, des solitudes. Les ponts se coupent, la confiance disparaît. Un monde où l’indifférence règne est un monde où chacun est une île, vulnérable et isolé(e).
  • Elle tue l’espoir et l’action : Face à l’indifférence générale, ceux qui veulent agir finissent par se décourager. « À quoi bon ? » devient une ritournelle. Si les voix qui s’élèvent ne trouvent aucun écho, elles finissent par s’éteindre. L’indifférence étouffe l’innovation sociale, le progrès et le désir de changer les choses.

Pourquoi sommes-nous indifférents ?

L’indifférence n’est pas toujours de la méchanceté pure. Souvent, elle est le fruit de plusieurs facteurs :

  • La surcharge d’informations : On est noyé(e) sous les infos, les problèmes du monde. C’est trop grand, trop complexe. On se sent impuissant(e) et on finit par « débrancher » pour se protéger.
  • La peur : Peur des conséquences si on s’implique, peur de l’échec, peur d’être jugé(e).
  • Le confort personnel : Tant que ça ne nous touche pas directement, on préfère ne pas se compliquer la vie. C’est humain, mais c’est aussi un piège.
  • Le sentiment d’impuissance : « Je ne suis qu’une seule personne, qu’est-ce que je peux faire ? »

Peut-elle faire « bouger » le monde positivement ?

Il est difficile de soutenir que l’indifférence, en soi, puisse faire bouger le monde dans un sens positif. Au contraire, elle est plutôt le ciment qui maintient le statu quo, même quand ce statu quo est injuste ou dangereux. Elle est le poids mort qui empêche le mouvement, le frein qui empêche la progression.

Cependant, on pourrait arguer que parfois, une certaine « indifférence » à la peur, au jugement, ou aux obstacles peut être nécessaire pour agir. Mais ce n’est pas de l’indifférence au problème lui-même, c’est une sorte de détermination ou de résilience face aux difficultés personnelles ou extérieures. C’est une nuance importante.


Le défi de l’action

Finalement, si l’indifférence fait « bouger » le monde, c’est dans le sens où elle le laisse glisser vers le bas, qu’elle permet aux problèmes de s’aggraver sans réaction. Elle ne propulse pas, elle laisse couler. Le vrai mouvement, le changement positif, vient de son opposé : l’engagement, l’empathie, la colère juste, et la volonté d’agir, même modestement.

Le défi n’est pas de ne jamais être indifférent(e) – c’est humain d’avoir des moments de retrait – mais de reconnaître quand cette indifférence devient un obstacle à notre humanité et à la construction d’un monde meilleur. C’est de se rappeler que même un petit geste, une parole, un intérêt sincère, peuvent briser la glace de l’indifférence et allumer une étincelle de changement.

Alors, l’indifférence ? Non, elle ne fait pas bouger le monde dans le bon sens. Elle le laisse s’enliser. La vraie force, c’est de s’en débarrasser et d’oser s’en soucier.


Et toi, quelle est la dernière chose qui t’a empêché(e) d’être indifférent(e) ?

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