Il était une fois, au cœur d’une vaste prairie, une toute petite graine. Pas n’importe quelle graine, c’était Gus, une graine de chêne, pleine de potentiel mais terriblement têtue. Gus était persuadé qu’il pouvait tout faire, tout seul. « Pourquoi aurais-je besoin des autres ? » pensait-il avec une arrogance minuscule. « Je suis une graine de chêne ! Je deviendrai un arbre majestueux par mes propres moyens ! »

Il refusait l’aide du vent qui voulait l’emporter vers un sol plus riche. « Non merci, je trouverai ma place tout seul ! » Il ignorait la petite taupe qui, en creusant ses galeries, aère la terre et aide les racines. « Pas besoin de tes tunnels, la terre et moi, on se débrouille ! » Et il snobait même les vers de terre, ces petits travailleurs infatigables qui transforment la terre en un festin nutritif pour les plantes. « Vous êtes dégoûtants et inutiles », grommelait Gus.

Il voulait tout faire seul. Il s’enfonçait un peu dans la terre, comptant sur sa propre force pour trouver l’eau et les nutriments.

Les jours passèrent, puis les semaines. Autour de lui, d’autres graines, moins fières, avaient accepté les cadeaux de la nature. Une graine de pâquerette avait été doucement poussée par le vent jusqu’à un endroit ensoleillé et avait vite fleuri. Une graine de blé avait profité des tunnels de la taupe pour étendre ses racines et offrait déjà de jolies tiges vertes.

Pendant ce temps, Gus restait là, à peine enterré. Il avait soif, ses réserves diminuaient, et la terre autour de lui était compacte et dure. Il essayait bien de pousser un petit germe, mais il manquait de tout. La lumière du soleil lui semblait trop forte, la pluie trop violente, et le vent… quel farceur ! Il ne comprenait pas que ces éléments, qu’il rejetait, étaient en fait ses meilleurs alliés.

Un jour, une vieille chouette, sage et patiente, se posa près de lui. « Petite graine, » dit-elle d’une voix douce, « pourquoi restes-tu si seule et si minuscule ? Tes frères et sœurs s’épanouissent tout autour. »

Gus, découragé, murmura : « Je voulais montrer que je pouvais tout faire par moi-même. Que je n’avais besoin de personne. »

La chouette sourit. « Mon cher Gus, c’est là que tu te trompes. Regarde cet immense chêne là-bas, » dit-elle en désignant un arbre majestueux au loin. « Il n’est pas devenu grand tout seul. Le vent l’a porté. La terre l’a nourri grâce aux vers et aux taupes. Le soleil l’a fait grandir et la pluie l’a abreuvé. Même les oiseaux ont déposé des graines autour de lui pour lui tenir compagnie et enrichir son sol. Cet arbre est fort parce qu’il a accepté de faire partie d’un tout. »

« Tu vois, » continua la chouette, « la vie n’est pas faite pour être vécue en solitaire. Nous avons tous besoin les uns des autres. Le vent apporte la pluie, la pluie nourrit la terre, la terre nourrit les racines, et les racines font pousser l’arbre. Chaque partie est importante, et aucune ne peut vraiment vivre sans les autres. C’est en donnant et en recevant que l’on grandit. »

Gus réfléchit. Il commença à comprendre. Sa fierté s’effrita, remplacée par une pointe de tristesse. Il avait gaspillé tant de temps à vouloir être indépendant, qu’il en avait oublié l’essentiel : la connexion.

Alors, il prit une grande respiration. Quand le vent souffla à nouveau, il ne résista plus et se laissa glisser un peu plus profondément dans la terre molle. Quand une petite goutte de pluie tomba, il l’absorba avec gratitude. Et quand un ver de terre passa près de lui, il ne le méprisa plus, mais sentit sa présence comme un signe de vie.

Lent à petit, quelque chose se passa. Une minuscule racine commença à s’étirer, cherchant les nutriments que les autres avaient préparés pour lui. Puis, un petit germe vert perça la surface. Gus n’était pas encore un chêne majestueux, mais il avait commencé son voyage. Et cette fois, il savait qu’il n’était pas seul. Il faisait partie d’un monde immense et merveilleux, où chaque être, grand ou petit, joue un rôle vital pour les autres. Et c’est cette interconnexion qui rend la vie belle et forte.


Alors, et toi, as-tu déjà senti à quel point les autres sont importants dans ta propre vie ?

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