L’Evangile
« C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez » (Mt 7, 15-20)

Alléluia. Alléluia.
Demeurez en moi, comme moi en vous, dit le Seigneur ;
celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit.
Alléluia. (Jn 15, 4a.5b)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Méfiez-vous des faux prophètes
qui viennent à vous déguisés en brebis,
alors qu’au-dedans ce sont des loups voraces.
C’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.
Va-t-on cueillir du raisin sur des épines,
ou des figues sur des chardons ?
C’est ainsi que tout arbre bon donne de beaux fruits,
et que l’arbre qui pourrit donne des fruits mauvais.
Un arbre bon ne peut pas donner des fruits mauvais,
ni un arbre qui pourrit donner de beaux fruits.
Tout arbre qui ne donne pas de beaux fruits
est coupé et jeté au feu.
Donc, c’est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »
Sa réflexion
La péricope de Matthieu 7, 15-20 est un avertissement solennel de Jésus à ses disciples concernant les faux prophètes. Elle s’inscrit dans le cadre du Sermon sur la Montagne, où Jésus enseigne les principes du Royaume de Dieu.
Commentaire sur Matthieu 7, 15-20
1. L’avertissement initial (v. 15) : « Gardez-vous des faux prophètes. Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups ravisseurs. »
Jésus commence par un impératif fort : « Gardez-vous ». Cela indique un danger réel et la nécessité d’une vigilance constante. Les faux prophètes sont décrits comme ayant une apparence trompeuse (« vêtements de brebis »). Ils peuvent sembler doux, inoffensifs, pieux, ou même charismatiques. Leur langage peut être attrayant, prometteur, et s’aligner superficiellement sur les attentes religieuses. Cependant, leur vraie nature est celle de « loups ravisseurs », prédateurs qui cherchent à détruire, à exploiter et à égarer. Le contraste est saisissant et met en lumière l’hypocrisie et la dangerosité de ces individus.
2. Le critère de discernement : les fruits (v. 16a) : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. »
C’est le point central de l’enseignement. Jésus ne dit pas de les reconnaître à leurs paroles, à leur apparence, à leurs titres, ou même à leurs miracles (comme le montre la suite en Mt 7, 21-23). Le seul critère fiable est leurs « fruits ». Les fruits sont les conséquences tangibles de leur vie, de leurs enseignements, de leurs actions et de leur influence. Ce sont les résultats qui démontrent leur véritable nature et leur allégeance.
3. L’analogie des arbres et des fruits (v. 16b-18) : « Cueille-t-on des raisins sur des épines, ou des figues sur des chardons ? Ainsi, tout bon arbre porte de bons fruits, mais le mauvais arbre porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. »
Jésus utilise une analogie agricole simple et percutante, facilement compréhensible par son auditoire. Il est impossible de cueillir des fruits comestibles et désirables (raisins, figues) sur des plantes épineuses et inutiles (épines, chardons). De même, un arbre est intrinsèquement défini par le type de fruits qu’il produit. Un « bon arbre » (représentant une personne avec un cœur droit et un enseignement vrai) ne peut produire que de « bons fruits » (des actions justes, un amour sincère, une doctrine saine, une vie transformée). Inversement, un « mauvais arbre » (représentant un faux prophète avec un cœur corrompu et un enseignement erroné) ne peut produire que de « mauvais fruits » (des actions égoïstes, de la division, de la manipulation, un égarement spirituel). L’analogie insiste sur le fait que la nature intérieure (le cœur, les intentions) se révèle inévitablement par les actions extérieures.
4. La conséquence inéluctable (v. 19) : « Tout arbre qui ne porte pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. »
Ce verset souligne la gravité de la situation. Le jugement divin est inévitable pour ceux qui ne produisent pas de bons fruits, c’est-à-dire ceux dont la vie ne correspond pas à la volonté de Dieu et dont l’influence est néfaste. Le « feu » symbolise la destruction et la condamnation éternelle. C’est un avertissement sévère pour les faux prophètes, mais aussi un rappel pour tous les croyants de l’importance de vivre une vie qui glorifie Dieu.
5. La réaffirmation du critère (v. 20) : « C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. »
Jésus conclut en répétant le point principal pour renforcer sa leçon. La répétition est une technique pédagogique pour s’assurer que le message est bien compris et retenu. Le critère des fruits est le discernement ultime. Il ne s’agit pas de juger l’apparence ou les paroles superficielles, mais d’observer attentivement les résultats concrets de leur ministère et de leur vie.
Contexte théologique : Cette péricope s’inscrit dans un thème plus large du Nouveau Testament : l’importance de la véritable piété et de la cohérence entre la foi et les œuvres. Elle anticipe également les avertissements apostoliques contre les hérésies et les faux docteurs (cf. 2 Pierre 2, 1-3 ; 1 Jean 4, 1 ; Jude). C’est aussi une mise en garde contre la superficialité religieuse et l’importance d’une transformation intérieure qui se manifeste par des actions justes.
Méditation sur Matthieu 7, 15-20
1. La tentation de l’apparence : Nous vivons dans un monde où l’apparence est souvent privilégiée. Les médias sociaux, la publicité, et même parfois les milieux religieux, peuvent nous pousser à valoriser ce qui est extérieur. Jésus nous met en garde : ce qui brille n’est pas toujours de l’or. Combien de fois avons-nous été séduits par des discours éloquents, des personnalités charismatiques ou des promesses grandioses, pour découvrir plus tard une amère réalité ? Cette péricope nous invite à une saine méfiance envers les façades, à regarder au-delà des mots et des images.
2. Le témoignage de la vie : « Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. » Cette phrase résonne comme un appel à l’introspection pour chacun de nous. Quels sont mes propres fruits ? Ma vie témoigne-t-elle de ma foi ? Mes paroles sont-elles en accord avec mes actions ? Produis-je des fruits d’amour, de joie, de paix, de patience, de bonté, de bienveillance, de fidélité, de douceur, de maîtrise de soi (Galates 5, 22-23) ? Ou est-ce que des fruits amers comme la critique, la division, l’égoïsme, la colère, l’envie, ou l’hypocrisie se manifestent dans ma vie ? Le critère que Jésus donne pour les autres est aussi un miroir pour soi-même. Il ne s’agit pas d’une perfection instantanée, mais d’une orientation fondamentale de notre cœur.
3. Le discernement spirituel : Dans un monde où les informations et les influences sont innombrables, le discernement est une compétence vitale pour le chrétien. Comment identifier les « loups en vêtements de brebis » aujourd’hui ? Cela peut être des mouvements religieux qui prônent l’intolérance, des idéologies qui déshumanisent, des leaders qui exploitent, ou même des tendances culturelles qui éloignent de Dieu. Le discernement ne se base pas sur des jugements hâtifs, mais sur l’observation des conséquences à long terme. Quelles sont les conséquences de cet enseignement sur la vie des gens ? Produit-il la liberté ou l’asservissement ? L’unité ou la division ? La charité ou l’égoïsme ?
4. La responsabilité personnelle : Jésus nous dit « gardez-vous ». Cela implique une responsabilité active de notre part. Nous ne sommes pas passifs face aux influences. Nous devons être vigilants, étudier la Parole de Dieu, prier pour la sagesse, et chercher le conseil de personnes matures dans la foi. Le discernement n’est pas un don automatique, mais une capacité qui se développe par la pratique et la dépendance à l’Esprit Saint.
5. L’espérance du bon arbre : Le verset 19 est un avertissement, mais il contient aussi une implicite espérance pour ceux qui cherchent à être de « bons arbres ». Si nous sommes connectés à la vraie vigne (Jean 15), si nous demeurons en Christ, nous porterons inévitablement de bons fruits. Ce n’est pas par nos propres forces, mais par l’œuvre de l’Esprit Saint en nous. Cette méditation nous pousse à cultiver notre relation avec Dieu, car c’est de cette source que découleront les fruits qui glorifient son nom et édifient son Royaume.
En somme, Matthieu 7, 15-20 est un appel à la vigilance, au discernement et à l’intégrité. Il nous rappelle que la vraie foi se manifeste non pas par des paroles creuses, mais par une vie transformée qui porte des fruits abondants pour la gloire de Dieu et le bien de notre prochain.

Laisser un commentaire