Léo, c’était le roi de l’organisation. Son agenda était son royaume, ses post-it ses chevaliers fidèles, et chaque minute de sa journée était une bataille gagnée contre le chaos. Le lundi, il savait déjà ce qu’il mangerait le vendredi soir. La spontanéité ? Une maladie, certainement. L’imprévu ? Une hérésie !

Mais il y avait cette goutte d’eau… non pas celle qui fait déborder le vase, mais plutôt celle qui s’infiltre lentement, année après année, dans le mur de son quotidien bétonné. Cette goutte, c’était la fête des Mères. Ou la Saint-Valentin. Ou Noël. Ou l’anniversaire de sa petite sœur, Lise. Des dates fixes, marquées au fer rouge dans le calendrier, et pourtant, chaque année, Léo les vivait comme un cataclysme imprévu.
« QUOI ?! C’est déjà la fête des Mères ?! », s’écriait-il tous les ans le 20 mai, les yeux ronds comme des billes devant son agenda qui lui hurlait la date depuis des mois. Il se lançait alors dans une course effrénée au cadeau de dernière minute, avec des sueurs froides et l’impression d’être pris au dépourvu.
Le Drame du Dimanche Matin
Un dimanche matin de printemps, le soleil brillait, les oiseaux chantaient, et Léo, comme à son habitude, révisait son planning de la semaine à venir. Soudain, un message sur son téléphone : « Joyeuse fête des Mères, mon grand ! Je t’appelle après ma balade. » C’était sa mère.
Léo pâlit. La sueur lui perla au front. La fête des Mères ! Bien sûr ! C’était le dernier dimanche de mai ! Comment avait-il pu l’oublier ENCORE UNE FOIS ?! C’était l’imprévu le plus prévisible de l’année, et il était tombé en plein dedans, comme une mouche dans une toile d’araignée géante.
Il se mit à pester contre lui-même. Non seulement il n’avait pas de cadeau, mais en plus, il avait prévu un marathon de séries télévisées et un nettoyage intensif de son appartement. Pas exactement le programme idéal pour honorer sa maman.
La Révélation de Lise (et du Croque-Monsieur)
C’est Lise, sa petite sœur, qui arriva à la rescousse, l’air mutin. Elle, elle n’avait jamais été une as de l’organisation, mais elle avait le sens de la débrouille et surtout, elle savait anticiper les choses qui comptent vraiment.
« T’es encore à la bourre pour Maman, n’est-ce pas ? » dit-elle en souriant. Léo grommela un vague assentiment. « Écoute, Léo, la vie, ce n’est pas qu’une succession de cases à cocher. Il y a des choses qu’on sait qui vont arriver, mais qu’on vit quand même comme une surprise parce qu’on ne leur a pas laissé de place. Ce n’est pas vraiment de l’imprévu, c’est juste le manque d’attention à ce qui est important. »
Léo la regarda, sidéré. Lise, la reine du « on verra bien », lui donnait une leçon de vie ?
« Viens, » continua Lise. « On va faire le meilleur croque-monsieur du monde pour Maman et on lui écrira un poème ridicule mais plein d’amour. Elle préférera ça à n’importe quel truc acheté en catastrophe. »
Le Miracle du Croque-Monsieur et la Leçon Retenue
Ce jour-là, Léo apprit une leçon précieuse. L’imprévu prévisible, ce n’est pas le destin qui nous joue des tours, c’est nous qui choisissons de ne pas voir ce qui est évident. C’est le fait d’être tellement concentré sur la « gestion » de notre temps qu’on oublie d’y inclure les moments de vie, de cœur, les gestes d’amour qui ne rentrent pas toujours dans des cases prédéfinies.
Depuis ce jour, Léo n’est pas devenu un adepte du chaos. Son agenda est toujours là, mais il a quelques pages vierges, des « zones tampon » pour les croque-monsieur imprévus, les conversations spontanées, ou les « quoi déjà ?! c’est la fête de… ». Il a compris que la vraie maîtrise de son temps, ce n’était pas de tout planifier, mais de laisser une place, même minuscule, à la magie de ce qu’on sait qui viendra, et qui, paradoxalement, nous surprend toujours.
Et si la prochaine fois qu’un « imprévu prévisible » frappe à votre porte, vous lui ouvriez en souriant ? Après tout, c’est peut-être juste la vie qui vous rappelle de ralentir et de savourer l’instant.

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